Toulouse: L'esclavage moderne, ça peut se passer près de chez vous

SOCIETE Confiscation des papiers, absence de jour de congé… L'esclavage moderne est une réalité méconnue en France. Une permanence inédite ouvre à Toulouse. Pour les victimes et les témoins….

Hélène Menal

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Le Comité contre l'esclavage moderne suit actuellement quelque 170 signalements en France.
Le Comité contre l'esclavage moderne suit actuellement quelque 170 signalements en France. — RHSF
  • A Toulouse, Sonia a été pendant six ans l’esclave domestique d’une famille
  • L’esclavage moderne, par des particuliers ou en entreprise, est un phénomène réel en France.
  • A Toulouse, une permanence ouvre pour les victimes et témoins, une première nationale.

Sonia* a vécu six ans dans l’agglomération toulousaine, au domicile d’un couple d’expatriés de retour au bercail qui l’avait ramenée dans ses bagages. Elle dormait sur un matelas par terre dans la chambre d’un des enfants de la famille, faisait office de nounou, de cuisinière pour les repas ordinaires comme pour les réceptions, et de femme de ménage, travaillant 16 à 18 heures par jour.

Elle travaillait 365 jours par an pour 100 euros par mois

Ses « patrons » lui avaient confisqué son passeport. « Elle n’avait pas le moindre jour de congé ou de repos et était payée 100 euros par mois », indique Mona Chamass, la directrice du Comité contre l’esclavage moderne (CCEM), qui accompagne les démarches de Sonia depuis qu’elle s’est enfuie en 2015. L’organisme suit quelque 180 cas actuellement en France, dont trois dans la région de Toulouse.

L’histoire de Sonia donne chair à un phénomène bien réel mais extrêmement difficile à quantifier, d’autant que les notions d’esclavage et de travail forcé n’ont fait leur entrée qu’en 2013 dans le Code pénal et que les victimes elles-mêmes n’ont pas toujours conscience de leur exploitation. Mais de nouveaux cas toulousains documentés pourraient voir le jour. Car la Ville rose ouvrira mercredi la première permanence de France consacrée à l’esclavage moderne. Elle sera tenue par les bénévoles de Ressources humaines sans frontières (RHSF), une ONG basée à Toulouse.

Des personnes et des secteurs plus vulnérables que d’autres

« Nous nous adressons à deux types de publics : les victimes mais aussi les témoins », indique Estelle Eeckeman, la coordinatrice cette permanence bimensuelle. La juriste s’attend d’ores et déjà à être confrontée à des cas très variés. « Il n’y a pas que le travail domestique, il y a aussi du travail forcé dans des secteurs exposés comme l’agriculture et le bâtiment, ajoute-t-elle. Les témoins peuvent être des salariés ou des clients d’une entreprise qui se posent des questions ».

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Estelle Eeckeman compte aussi faire connaître la permanence auprès des travailleurs sociaux qui côtoient un public vulnérable : femmes étrangères, migrants en général, personnes handicapées, ou encore enfants des réseaux de mendicité.

Chaque dossier sera évalué et vérifié puis transmis pour accompagnement aux personnes les plus compétentes. Le CCEM dans certains cas, l’inspection du travail dans d’autres. Et la justice bien entendu.

* Le prénom a été changé