D'ici la fin du siècle, les pics de chaleur pourraient atteindre les 50° C en France

PLANETE Margot Bador a participé à une étude menée par des chercheurs français qui démontre que les records historiques de chaleur dans l’Hexagone pourraient grimper de 6° à 13° selon les régions. Elle a répondu à nos questions…

Propos recueillis par Beatrice Colin

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Lors d'un épisode de canicule, à Séville, en Espagne le 5 septembre 2016.
Lors d'un épisode de canicule, à Séville, en Espagne le 5 septembre 2016. — JULIO MUNOZ/SIPA
  • Le Cerfacs, basé à Toulouse, a mené une étude sur les canicules extrêmes en France dans la deuxième moitié du XXIe siècle avec des modèles partant du principe que le niveau d’émissions de gaz à effet de serre serait identique.
  • Selon les résultats, l’étude démontre que les records historiques de chaleur dans l’Hexagone pourraient grimper de 6° à 13° selon les régions en 2100.

Vous avez eu chaud cet été lors des épisodes de canicule ? Ce n’est qu’un début. Les records de températures établis en 2003 ou encore cette année pourraient être vite dépassés selon les résultats d’une étude du Centre européen de recherche et de formation avancée en calcul scientifique (Cerfacs) qui vient de paraître dans la publication Environnemental Research Letters.

En partenariat avec Météo France, les scientifiques ont démontré que les pics de chaleur pourraient dans certaines régions de France dépasser les 50 degrés d’ici à la fin du siècle, faisant grimper les records historiques déjà recensés de 6 à 13 degrés selon les endroits.

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Margot Bador, chercheuse au Climate change research center de Sydney et ancienne doctorante au Cerfacs, a participé à cette modélisation et répond à nos questions sur l’avenir caniculaire de la France.

La France a connu plusieurs épisodes de canicule cet été, ce qui est inédit depuis la création des plans de vigilance. Vont-ils s’amplifier au cours du siècle ?

Les projections climatiques au cours du XXIe siècle montrent que les activités humaines sont responsables d’une augmentation de la fréquence, de l’intensité et de la durée des canicules en Europe. Selon l’ensemble des travaux de recherche rassemblés dans le dernier rapport du GIEC nous pouvons conclure que les canicules estivales devraient s’amplifier dans le futur si le niveau des émissions mondiales de gaz à effet de serre continue d’augmenter au rythme actuel. De plus, nos récents travaux ont montré que le nombre de records de chaleur battus chaque été sur le territoire européen a déjà augmenté dans les dernières décennies et devrait fortement augmenter au cours du XXIe siècle.

A partir de quand ces pics de chaleur deviendraient réguliers ?

Comme en témoignent les observations, les canicules estivales sont déjà de plus en plus fréquentes avec pour conséquence des étés de plus en plus chauds. En effet, selon Météo France, les trois étés les plus chauds jamais enregistrés depuis 1901 sont celui de 2003, avec 2 épisodes caniculaires, puis celui de 2015 avec 3 épisodes caniculaires et enfin celui de 2006 avec une importante canicule en juillet. L’été 2017 devrait aussi se faire remarquer parmi les étés records en termes de chaleur.

On a remarqué cette année que le phénomène caniculaire a débuté en juin et s’est poursuivi tard dans l’été. Est-ce que ce serait récurrent à l’avenir ?

Une saison caniculaire plus longue pourrait effectivement être une des conséquences du réchauffement climatique, mais la confiance autour de ces résultats est moins importante que celle autour d’une augmentation de la fréquence, de l’intensité et de la durée des canicules en été au cours du XXIe siècle.

Dans notre étude nous montrons cependant que sous le scénario étudié, il serait possible, à la fin du XXIe siècle, de vivre une canicule au moins aussi intense que celle que nous avons vécu en 2003 en termes d’anomalies de température journalière maximale, mais dans un climat futur relativement plus chaud (entre 5 °C et 6 °C en moyenne dans les dernières décennies du XXIe siècle) et plus sec.

Si rien ne change et rien n’est fait, la France dépassera le seuil des 50 °C régulièrement.

Il est important de rappeler ici que les températures supérieures à 50 °C indiquées dans notre étude sont les températures maximales en été d’ici 2100. Nous n’avons pas étudié la fréquence des événements caniculaires menant à des températures journalières maximales supérieures à 50 °C. Autrement dit, dans une région particulière, des températures supérieures à ce seuil pourraient être établies de manière régulière lors de canicules futures alors que pour une autre région une seule canicule au cours de plusieurs décennies pourrait suffire à atteindre ce même seuil des 50 °C d’ici 2100.

Selon Météo France, le record actuel de température maximale enregistré en été est de 44,1 °C dans le Gard, à Conqueyrac, ainsi qu’à Saint-Christol-lès-Alès. Ainsi, si à ce record de plus de 44 °C nous ajoutons un réchauffement moyen des températures estivales de l’ordre de 5 à 6 °C d’ici à la fin du siècle, selon le scénario le plus pessimiste, alors des températures maximales supérieures à 50 °C en été ne semblent pas irréalistes. Mais si on s’intéresse au scénario qui a été voté lors des accords de Paris, alors le réchauffement des températures estivales moyennes serait de 2 °C en France, limitant ainsi l’ampleur des températures extrêmes.

Mais selon vos projections, il y aura des différences entre les régions. Pourquoi le bassin méditerranéen, l’endroit connu pour être le plus chaud à l’année, verrait ses températures maximales augmenter moins que celles de l’Est ou du Nord ?

Dans notre étude nous étudions principalement les résultats d’un seul modèle de climat régional (le modèle Aladin développé au CNRM, Centre national de recherches météorologiques), même si nous prenons le soin de comparer les températures extrêmes futures à un large ensemble de modèles climatiques globaux provenant de la communauté internationale. Dans cette simulation une canicule future en particulier a fortement influencé la carte des anomalies de température journalière maximale ajoutées aux records observés d’ici à la fin du siècle.

Cette canicule est centrée sur le Nord-Est de la France, qui présente de fortes anomalies négatives du contenu en eau des sols cette année-là. Nous montrons que les températures maximales pendant la canicule sont influencées par le contenu en eau des sols avant la canicule, ce qui explique ainsi des anomalies de températures particulièrement importantes dans ces régions Est et Nord. Bien sûr l’effet modérateur de la mer pourrait aussi jouer un rôle clé pour le futur du climat méditerranéen. Mais il faut aussi noter que même si nous montrons des anomalies de température relativement plus faibles sur le pourtour méditerranéen, les températures extrêmes futures restent importantes, supérieures à 50 °C, car les records actuels y sont actuellement supérieurs.

Quels pourraient être les conséquences pour une région comme celle de Toulouse ?

La gestion de l’eau risque d’être un enjeu pour le futur à l’échelle du pays. Les projections, selon ce même scénario pessimiste, montrent un assèchement des sols et des débits en été (notamment de la Garonne) au cours du XXIe siècle, ce qui est en partie expliqué par une diminution des précipitations en été. La ressource en eau pourrait ainsi être fortement diminuée.

C’est le scénario du pire. Mais si les émissions de gaz à effet de serre étaient réduites, les pics atteindraient quel niveau ?

Il est effectivement important de rappeler que nous avons étudié des projections selon le scénario le plus pessimiste envisagé par le GIEC, le scénario du « laisser-faire ». Dans cette étude nous n’avons pas envisagé d’autres scénarios pour lesquels les futures températures estivales les plus intenses restent donc à être déterminées. Le scénario étudié considère un niveau des émissions globales de gaz à effet de serre qui continuerait d’augmenter au rythme actuel au cours du XXIe siècle. Les décisions politiques et les mesures appliquées dans les prochaines décennies restent déterminantes pour le climat de la deuxième moitié du XXIe siècle.