Vos enfants sont accros à la météo? Pas de panique... c'est normal et on vous dit pourquoi

SOCIETE La pluie et le beau temps sont devenus un sujet de conversation aussi chez les enfants. Omniprésente dans une société désormais ultra-connectée, la météo joue un rôle dans la vie des écoliers…

Beatrice Colin

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Un enfant sous la pluie (photo illustration)
Un enfant sous la pluie (photo illustration) — Tolga Akmen/LNP/Shutter/SIPA
  • La météo permet de prévoir le temps à court terme, et donc d’anticiper et de maîtriser, ce qui rassure les enfants.
  • C’est un sujet omniprésent dans les classes de maternelle.

C’est l’heure de la rentrée et avec elle la sempiternelle question : « Comment je m’habille pour aller à l’école ? ». Difficile de botter en touche et de dire « Ouvre les volets ». Aujourd’hui, ni une ni deux, les parents se jettent sur leur smartphone pour savoir le temps qu’il fera demain et répondre à leurs enfants.

Avant, ils assistaient à la grande messe du 20 heures pour regarder Alain Gillot-Pétré faire la pluie et le beau temps. Aujourd’hui, ils ont un large choix d’applications pour savoir s’il va pleuvoir dans l’heure, s’il fera du vent ou encore si des éclairs sont à prévoir. Et pour certains, cela tourne parfois à l’obsession.

Maîtriser l’avenir

Ce lundi matin, Louison, 5 ans, n’échappera pas au rituel avant de partir de la maison pour faire sa rentrée en grande section dans une école parisienne. « Elle regarde l’application pour savoir s’il y aura des nuages ou de la pluie, elle a compris qu’elle pouvait choisir ses vêtements en fonction de la météo », raconte Aurélie, sa maman.

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Mais cette dernière s’est rendue compte que la passion de sa fille ne se limitait à de la coquetterie ou à sa préférence pour les robes et sandales estivales.

« Nous avons compris que c’était aussi un moyen pour elle d’être à l’aise dans sa ville, dans son environnement. Ça la rassure de pouvoir prévoir et lorsque nous avons emménagé sur Paris, elle s’est raccrochée à la météo, c’est quelque chose qu’elle pouvait maîtriser sur sa nouvelle ville », estime cette maman.

Parler météo, c’est rassurant

Comme les adultes, la peur de l’inconnu est donc aussi un facteur qui nous rend météo addict. « Les enfants aiment que les choses soient à leur place. La régularité est extrêmement rassurante, comme les saisons que l’on retrouve dans la littérature enfantine », souligne Anouchka Vasak du réseau « perception et climat » de l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS)..

Même si on ne maîtrise pas la nature, on a ainsi l’illusion de pouvoir le faire en anticipant ce qu’elle nous prépare pour les jours à venir.

Pour cette spécialiste de la question, parler de pluie et de beau temps est loin d’être futile. « Dans la société, la météo a une fonction plus importante que l’on croit, elle permet d’établir un contact. L’apparition des moyens de communication modernes a permis le développement de cette passion, nous sommes tous devenus des météo-sensibles », avance cette spécialiste qui a participé au livre d’Alain Corbin qui fait référence sur la question : La pluie, le soleil et le vent, histoire de la sensibilité au temps qu’il fait.

La météo, un sujet omniprésent à l’école

Mais si les enfants sont aussi parfois obsédés par la météo, c’est qu’elle occupe une place importante dans leur vie d’écolier. « Cela fait partie des supports d’apprentissage, nous travaillons sur le rythme des saisons. La météo permet de se repérer dans le temps et pour certains collègues ça peut rentrer dans les rituels du matin : « Combien sommes-nous aujourd’hui ? » « Quel jour est-on ? » « Quel temps fait-il ? » », relève Julie, enseignante à Toulon.

Et comme l’un des objectifs de la maternelle est le développement du langage, cela passe forcément par le vocabulaire du quotidien, de l’anorak aux bottes de pluie, en passant par l’observation de la nature et les changements de saison… qui se retrouve sous la forme d’un bel herbier exposé sur le buffet ou la cheminée.

Ouverture sur les sciences et la question du Climat

« La météo est un prétexte utilisé par les enseignants pour aborder la démarche scientifique. Dans les projets que nous menons avec les écoles autour des températures et la question de l’eau dans l’air, nous nous appuyons sur des expériences, les enfants peuvent ainsi manipuler », complète Philippe Boissel, directeur du centre Météo France de Bourges et correspondant éducation.

Lorsqu’il reçoit des classes, la question des phénomènes naturels et extrêmes revient aussi régulièrement. «C’est quelque chose qui leur parle et c’est souvent lié aux questions d’actualité. On essaie alors de leur expliquer l’attitude citoyenne qu’il faut avoir notamment lorsqu’il y a des alertes», poursuit le spécialiste. Et souvent ces questions permettent de rebondir sur celle plus vaste du changement climatique.