Albi: Le chemin pour atteindre l’autosuffisance alimentaire en 2020 est semé d’embûches

ALIMENTATION La ville d'Albi vise l'autosuffisance alimentaire dans un rayon de 60 km d'ici à 2020. Une échéance difficile à tenir, et qui tient du coup de com' pour certains...

20 Minutes avec AFP

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La ville d'Albi vise l'autosuffisance alimentaire d'ici à 2020.
La ville d'Albi vise l'autosuffisance alimentaire d'ici à 2020. — REMY GABALDA / AFP

Et si les terres agricoles qui entourent Albi servaient à nourrir sa population, comme cela était déjà le cas au Moyen-Age? Une utopie pour certains, un coup de com' pour d’autres. Un objectif pour la ville qui ambitionne d’atteindre l’autosuffisance alimentaire à l’horizon 2020 et fait figure de précurseur alors que s’ouvrent jeudi les « Etats généraux de l’alimentation » à Paris.

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Pour y parvenir, la cité tarnaise de 50.000 habitants promeut l’idée de développer l’agriculture urbaine et les circuits courts depuis 2015. Pour y parvenir, elle a débloqué un budget de 300.000 euros sur cinq ans qui doivent servir à multiplier les jardins partagés, à construire des « réseaux de proximité » dans le département ou à l’installation de maraîchers en ville.

« On nous dit : on sera 9 milliards en 2050, et 70 à 80 % de la population [habitera] en ville. Si les élus aujourd’hui ne savent pas préserver des ressources agraires, des compétences de proximité, et provoquer une prise de conscience, on n’aura pas fait notre boulot », plaide Jean-Michel Bouat, adjoint au maire en charge du développement durable et à l’agriculture urbaine.

Difficultés à trouver des terres

En bordure du Tarn, la mairie compte racheter 70 hectares de la ZAD de Canavières pour y installer des agriculteurs bio qui, en échange d’un loyer très modéré, s’engagent à vendre dans un rayon de 20 km. Pour l’heure, seuls neuf hectares ont été acquis et quatre maraîchers se sont installés pour l’instant.

C'est le cas de Jean-Gabriel Pelissou, un ancien paysagiste, qui s’est lancé en juillet 2016 sur 1,3 hectare en permaculture et agroforesterie. « Ce qui est hyper important, c’est de sensibiliser les gens à consommer mieux », souligne-t-il.

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Il reste trois ans pour atteindre les objectifs. Mais des freins existent encore. De son côté, la mairie ne peut pas fournir de bilan chiffré de la production ou de la consommation dans un rayon de 60 km et a du mal à trouver des terres disponibles.

Et les producteurs ne sont pas tous tournés vers le local. « L’autonomie, ça veut dire globalement réorganiser les filières : on serait par exemple largement autonome en lait aujourd’hui, le souci c’est qu’il est vendu à des coopératives qui le vendent hors du département », explique Eric Gaillochon, directeur du lycée agricole de Fonlabour.

« De la peinture verte »

D’autres ont fait eux leur calcul. « Pour nourrir 50.000 habitants [en bio], il faut 600 hectares de maraîchage » et « sur tout le département, on a moins de 300 hectares », lâche Pascal Pragnère, conseiller municipal EELV à Albi. Pour cet élu, si le concept est louable, la méthode l’est beaucoup moins et s'apparente à du «pipeau». «  C’est de la peinture verte sur une mairie de droite », assure-t-il.

« Il y a une vraie volonté politique » mais « elle n’a pas été dotée des moyens correspondants » depuis deux ans et demi, regrette de son côté Henri Bureau, membre des Incroyables comestibles, ce mouvement qui plaide pour une agriculture urbaine participative. A l’origine du projet, il reconnaît toutefois qu’il s’agit d’une utopie, mais que « ce sont les utopies qui font avancer le monde. Moi, ce qui m’intéresse, c’est que les gens se mettent en route ».