Affaire Luzenac: Le LAP rêvait de Ligue 2? Il se contentera de 15.000 euros

FOOTBALL Le tribunal administratif de Toulouse a condamné la FFF à verser 15.000 euros à Luzenac. Mais pour le LAP, la Ligue 2, frôlée voici trois ans, restera un mirage…

Nicolas Stival

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Des supporters du club ariégeois de Luzenac devant le tribunal administratif de Toulouse, le 25 avril 2017.
Des supporters du club ariégeois de Luzenac devant le tribunal administratif de Toulouse, le 25 avril 2017. — N. Stival / 20 Minutes
  • Luzenac espérait des millions d’euros, le LAP ne récupère que 15.000 euros que devra lui verser la FFF
  • Le club ariégeois est débouté de ses autres demandes par la justice
  • Le LAP peut encore obtenir un dédommagement de la LFP devant le tribunal administratif de Toulouse

Si ce n’est pas l’épilogue du feuilleton Luzenac Ariège Pyrénées, on s’en approche. Ce mardi, le tribunal administratif (TA) de Toulouse a débouté le LAP de la majorité de ses demandes. Le club ariégeois n’évoluera jamais en Ligue 2.

>> A lire aussi : Luzenac: Pendant que la justice prend son temps, le LAP poursuit sa remontée sportive

Qu’a décidé la justice ?

Tout d’abord, le TA a annulé la décision du 2 juillet 2014 de la Commission d’appel de la DNCG, interdisant l’accès sportif en Ligue 2 à Luzenac. En cause (accrochez-vous), la compétence de la CCCP (Commission de contrôle des clubs professionnels), qui avait prononcé une interdiction de monter en Ligue 2 le 5 juin pour raisons financières. « La Ligue de football amateur (LFA) aurait dû être représentée puisque l’affaire concernait un club amateur », explique Alain Daguerre de Hureaux, rapporteur public au TA. Conséquence : « La commission d’appel (du 2 juillet) n’était pas davantage compétente pour prendre cette décision. »

Cependant, le club du petit village de 650 habitants s’est vu débouter de ses autres requêtes. Le tribunal administratif a ainsi confirmé la décision du conseil d’administration de la LFP (Ligue de football professionnel) du 27 août, qui avait refusé à Luzenac de participer au championnat de L2 lors de la saison 2014-2015. « Le problème du stade est un des éléments décisifs de la décision », indique Alain Daguerre de Hureaux.

Alain Daguerre de Hureaux, rapporteur public au tribunal administratif de Toulouse, le 16 mai 2017.
Alain Daguerre de Hureaux, rapporteur public au tribunal administratif de Toulouse, le 16 mai 2017. - N. Stival / 20 Minutes

Pour la justice, le club n’a pas démontré qu’il disposait des installations sportives requises pour la L2, « en l’absence notamment d’un accord ferme et irrévocable pour utiliser tout au long de la saison 2014-15, les installations du stade Ernest-Wallon. »

Seulement 15.000 euros de dédommagement… en attendant plus ?

Le LAP espérait récupérer plusieurs millions d’euros. Finalement, la justice a condamné la Fédération française de football (FFF) à verser au club une somme de 15.000 euros en réparation de son préjudice moral. Cette somme n’ira pas dans les caisses de l’association qui gère actuellement le club ariégeois, mais dans celles de la structure professionnelle. Cette SASP dirigée par Jérôme Ducros, avec Fabien Barthez comme bras droit, a été maintenue en activité, pour pouvoir mener ses actions en justice.

Le club peut encore espérer récupérer davantage d’argent : une procédure similaire à celle menée contre la FFF est en cours contre la LFP. Le TA de Toulouse pourrait rendre son verdict dans cette dernière affaire d’ici la fin de l’année.

Comment réagit le club ?

Pour Frédéric Carol, l’avocat du club, la décision du tribunal administratif « prouve que les comptes du LAP étaient bons et que le statut professionnel pouvait être accordé. » Ni Jérôme Ducros, ni Fabien Barthez n’étaient présents ce mardi « pour des raisons personnelles et professionnelles », précise Christophe Rodriguez. L’ancien directeur sportif de la SASP est aujourd’hui président de l’association. « C’est une déception mais cette indemnisation confirme ce qu’on dit depuis le début : nous avions raison dans ce dossier », indique-t-il.

Christophe Rodriguez, ancien directeur sportif du Luzenac Ariège Pyrénées, et Frédéric Carol, l'avocat du club, le 16 mai 2017 au tribunal administratif de Toulouse.
Christophe Rodriguez, ancien directeur sportif du Luzenac Ariège Pyrénées, et Frédéric Carol, l'avocat du club, le 16 mai 2017 au tribunal administratif de Toulouse. - N. Stival / 20 Minutes

Reste un profond sentiment d’amertume côté ariégeois, liée à la fâcheuse impression que le tribunal n’a pas voulu reconnaître la « stratégie » mise en place par la FFF et la LFP pour empêcher Luzenac de découvrir la L2. Pour les Luzenaciens, le combat mené afin de prouver la viabilité financière du club leur a fait perdre du temps. « Cela nous a empêchés de porter nos efforts sur la partie infrastructures », observe Christophe Rodriguez. Et c’est sur la question du stade que le LAP a finalement buté, avant d’être expédié en DHR (septième division) à l’été 2014

A présent, le club peut poursuivre le combat judiciaire devant la cour administrative d’appel de Bordeaux, puis, le cas échéant, devant le Conseil d’Etat. Luzenac fera connaître ses intentions dans les prochains jours. Pas sûr que l’envie de poursuivre cette longue joute soit toujours présente…

Quel avenir sportif pour Luzenac ?

Deuxième de la Division d’Honneur Midi-Pyrénées, le LAP jouera son dernier match samedi contre la lanterne rouge Saint-Alban, dans son stade Paul-Fédou. Si le club ariégeois parvient à coiffer sur le fil l’actuel leader Blagnac, qui le devance de deux points, il montera en National 3, le championnat qui remplace le CFA 2 dans le cadre de la réforme des régions.

S’il reste à ce deuxième rang, les choses se compliqueront. Le LAP pourrait devoir disputer un barrage d’accession contre le deuxième de DH en Languedoc-Roussillon. Sauf si Mende, actuellement deuxième de son groupe de CFA 2, parvient à monter à l’échelon supérieur. Pour l’heure, c’est le cas avant l’ultime journée.

Pourquoi tout ce pataquès ? Il faut 14 équipes de l’Occitanie (Midi-Pyrénées + Languedoc-Roussillon) dans la future poule de National 3. Dans ces conditions, le destin de l’équipe ariégeoise est conditionné par celui d’une formation lozérienne…