Chaque année, «une centaine de rugbymen reste sur le carreau», affirme le président de leur syndicat

RUGBY Robins Tchale-Watchou, président de Provale, l'union des joueurs de rugby professionnels, dresse un constat très mitigé de la gestion des fins de carrière…

Propos recueillis par Nicolas Stival

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Pour Robins Tchale-Watchou, l'affaire O'Connor et Williams n'a rien de surprenant
Pour Robins Tchale-Watchou, l'affaire O'Connor et Williams n'a rien de surprenant — HARSIN ISABELLE/SIPA
  • Sur les 200 joueurs qui quittent le rugby professionnel chaque année, une bonne moitié peine à se reclasser
  • Provale organise des journées plusieurs fois par an pour accompagner ses adhérents dans leur reconversion

Ce mercredi 10 mai au soir, une quarantaine de rugbymen est réunie dans un hôtel chic, tout proche de l’aéroport de Toulouse-Blagnac. A côté de figures du Top 14, comme le futur Toulonnais Luke McAlister (Stade Toulousain), des joueurs de Pro D2 et de Fédérale 1 sont venus assister au forum « Job Day » de Provale. Comme son nom l’indique, il s’agit de sensibiliser les professionnels à leur reconversion, à l’initiative de leur syndicat.

Au menu de ce rendez-vous itinérant organisé environ trois fois par an, cinq ateliers, dont deux animés par des entreprises (Décathlon et le groupe Berto, spécialisé dans la location de véhicules industriels). « Avec le professionnalisme, on délaisse de plus en plus nos formations, explique le talonneur du Stade Français Laurent Sempéré (31 ans). Et il n’y a plus vraiment de passerelles entre les entreprises partenaires des clubs et les joueurs. » Président de Provale depuis deux ans et demi, le deuxième ligne de Montpellier Robins Tchale-Watchou (34 ans) fait le point.

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Qu’en est-il de la reconversion des joueurs de rugby ?

On essaie de faire en sorte que les joueurs la subissent un peu moins. Plus on anticipe, mieux ça se passe. L’idée, c’est de présenter aux joueurs quelque chose de simple, clair et très concret. On amène des entreprises qui présentent leur métier, expliquent quelles sont les rémunérations, quelles sont les modalités pour rentrer dans la boîte.

Y a-t-il une reconversion typique ?

Non, tout dépend des aptitudes de chacun, de sa valeur intrinsèque, des opportunités…

Vous avez également un partenariat avec Pôle emploi.

Nous sommes la première structure à avoir monté un pôle dédié au sport chez Pôle emploi, qui présente aux joueurs les métiers d’aujourd’hui et de demain. C’est une démarche préventive. Bien plus qu’un syndicat, nous sommes une start-up de l’économie sociale et solidaire. Nous n’arrêtons pas d’innover.

Il n’y a pas que des joueurs en fin de parcours à ce « Job Day », où l’on trouve aussi des étrangers.

Le panel est large. Aujourd’hui, ce n’est plus une question d’âge. Un arrêt de carrière peut être causé par une blessure, une fin de contrat sans aucune proposition derrière… Quant aux étrangers, ils se sentent bien en France. Ils ont parfois de la famille, des enfants qui parlent français. Ils veulent s’établir dans le pays et pour s’intégrer, quoi de mieux que le travail ?

Y a-t-il beaucoup de chômage chez les anciens rugbymen ?

En moyenne, 200 joueurs sortent du circuit professionnel chaque année. Il y a beaucoup d’emplois précaires, avec des contrats en Fédérale (les plus hauts niveaux chez les amateurs) plus ou moins « déguisés ». Environ 10 % ont la chance d’obtenir un emploi grâce à la solidarité du monde du rugby. Mais une centaine reste sur le carreau. Il y a parfois un manque de formation diplômante. Encore une fois, il faut anticiper, en accompagnant les joueurs.

Votre directeur général Gaël Arandiga indique que quatre joueurs avaient dû arrêter en 2007 à cause d’une blessure, et qu’ils sont 23 dix ans plus tard. Est-ce que cela revient dans les conversations ?

Oui. Ça tape tellement fort, le jeu va tellement vite que les joueurs se rendent compte que c’est un problème.

Comment avez-vous vu évoluer le statut de joueur professionnel depuis vos débuts ?

La structure de Provale s’est améliorée et agrandie (le syndicat emploie onze salariés et affirme représenter 91 % des joueurs professionnels). Mais pour les sportifs, les conditions se sont dégradées. Les carrières sont plus courtes, les joueurs bougent de plus en plus et il y a davantage de mecs à la rue.