La CGT tire la sonnette d’alarme sur le harcèlement sexiste en milieu hospitalier

SOCIETE Après le signalement de deux cas de harcèlement sexiste au sein des centres hospitaliers de Roubaix et Lavaur, le syndicat demande une réponse du gouvernement…

Beatrice Colin

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L'entrée des urgences de l'hôpital Victor Provo à Roubaix
L'entrée des urgences de l'hôpital Victor Provo à Roubaix — M.Libert/20 Minutes
  • A Lavaur, une enquête préliminaire a été ouverte à l’encontre d’un médecin dont le comportement a été signalé par plusieurs personnels soignant.
  • A Roubaix, le comportement du chirurgien a été signalé au Conseil de l’Ordre des médecins.
  • La CGT appelle de ses vœux un grand plan d’action contre le harcèlement sexiste et sexuel en milieu hospitalier.

Des propos dégradants, des insultes, des blagues de très mauvais goût et parfois même des violences physiques. Durant plusieurs mois, des personnels soignants des centres hospitaliers de Lavaur, dans le Tarn, et de Roubaix, dans le Nord, ont été victimes du harcèlement de deux médecins de leur établissement.

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Jusqu’au point de non-retour. Ces infirmiers et aides-soignants ont fini par dénoncer ces comportements auprès de leurs directions respectives, soutenus par leurs syndicats.

Enquête judiciaire

A Lavaur, le médecin, en congé maladie, a depuis fait l’objet d’une mesure conservatoire qui l’empêche de réintégrer les locaux. Et le procureur de la République a ouvert une enquête préliminaire suite au signalement de l’Agence régionale de santé (ARS) Occitanie précise le ministère de la Santé. L’ARS indique avoir «demandé à la direction du Centre hospitalier de Lavaur d’instruire administrativement cette situation avec diligence et dans le respect du contradictoire, et d’en tirer toutes les conclusions qui s’imposent».

« S’agissant de l’hôpital de Roubaix, l’Agence régionale de Santé Hauts de France a transmis tous les éléments dont elle disposait sur cette situation au Conseil de l’Ordre des médecins, compétent sur les situations individuelles concernant des praticiens et le dossier a également été transmis au Centre national de gestion qui peut prendre des sanctions », précise-t-on au cabinet de Marisol Touraine.

Mais aucune sanction n’a pour l’heure été prise à l’encontre de ces praticiens directement par les autorités de tutelle selon la CGT Santé et Action sociale, qui aurait aimé que l’Inspection générale des affaires sociales soit saisie.

« Au centre hospitalier de Lavaur, il n’y a toujours pas d’enquête administrative à ce jour. Quand un agent est à l’origine de dysfonctionnements, il est sanctionné. Les médecins sont des employés, ils ont des droits et des devoirs, ce sont des gens comme les autres. Du coup cela renvoie une image déplorable, on attend autre chose de ceux qui ont des responsabilités », pointe Patrick Estrade, délégué CGT de l’établissement.

Un grand plan d’actions demandé

En dernier recours, son syndicat a donc décidé d’envoyer une lettre ouverte à Bernard Cazeneuve le 6 avril dernier afin qu’il intervienne auprès des ministères et agences régionales de santé.

« Nous avons écrit au Premier ministre pour que l’omerta qui règne dans ce secteur soit enfin traitée par une réponse exemplaire du gouvernement et un grand plan d’actions contre les violences sexistes et sexuelles. Là, ce sont deux cas ciblés, mais ce ne sont pas des faits divers. Beaucoup d’agents hospitaliers n’osent pas les dénoncer, car c’est très compliqué et c’est souvent le harcelé qui est obligé de changer de service », déplore Ophélie Labelle, pilote du collectif « Femmes-mixité » à la CGT.

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Les syndicats ne sont pas les seuls à monter au créneau. Au mois de décembre, une interne en médecine a créé un compte Tumblr intitulé « Paye ta blouse ». Objectif : dénoncer le sexisme au quotidien dans le milieu hospitalier grâce au recueil de témoignages postés par des étudiants.