En 180 secondes, elle explique comment le lait d’ânesse peut soulager les intestins

SCIENCES L'étude de Sophie Yvon sur les bienfaits du lait d’ânesse sur les intestins détraqués a séduit le jury régional de «Ma Thèse en 180 secondes»…

Beatrice Colin

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Sophie Yvon, lors de la finale régionale de Ma thèse en 180 secondes, à Toulouse le 24 avril 2017.
Sophie Yvon, lors de la finale régionale de Ma thèse en 180 secondes, à Toulouse le 24 avril 2017. — G. Lemarie
  • La doctorante a démontré lors d’une étude que le lait d’ânesse pouvait apporter des molécules nécessaires à la flore intestinale lorsque celle-ci est déséquilibrée
  • Sophie Yvon représentera Toulouse lors de la finale nationale de « Ma Thèse en 180 secondes », en juin, à Paris

Lorsqu’on lit le sujet de thèse de Sophie Yvon, on se dit tout de suite qu’on va s’arracher les cheveux pour comprendre de quoi elle parle. Car «  l’étude des propriétés anti-inflammatoires d’une matrice alimentaire riche en lysozyme sur deux modèles de pathologies digestives en vue de l’élaboration d’un produit alimentaire » laisserait plus d’un béotien sur le carreau.

Mais cette doctorante toulousaine de l’INP-Purpan a su convaincre en moins de trois minutes tout un tas de personnes de l’envoyer à Paris pour représenter la Ville rose lors de la finale du concours « Ma thèse en 180 secondes », les 13 et 14 juin.

Des molécules et des ânesses

La chercheuse, qui bosse pour le laboratoire TOXALIM (INRA, ENVT, INPT, UT3), a découvert que le lait d’ânesse pouvait jouer un rôle sur la flore intestinale lorsque celle-ci est détraquée. Ça, c’est la version avec de gros raccourcis.

Lors de pathologies comme la maladie de Crohn, la flore intestinale et ses milliards de micro-organismes (microbiote) subissent des attaques. Cela se traduit par des crampes, des diarrhées et autres maux de ventre. En y regardant de plus près avec son gros microscope, Sophie Yvon a remarqué qu’il manquait des molécules appelées les  peptides antimicrobiens. Or ce sont eux les vaillants défenseurs de l’équilibre intestinal. « Quand tout va bien on en produit, mais pas dans ces cas-là », explique la chercheuse de 26 ans.

Elle s’est du coup interrogée sur la manière de pallier ce déficit de peptides. « On s’est demandé où est-ce qu’il y en avait. Une équipe de l’INP Purpan travaille sur le lait d’ânesse qui en contient beaucoup », poursuit Sophie Yvon.

Y a pas que la cosmétologie dans la vie

Elle en a donc donné à des souris souffrant de petits soucis intestinaux du lait d’ânesse. On ne sait pas si les rongeurs ont apprécié, mais en tout cas leurs symptômes inflammatoires ont été considérablement réduits. « Nous avons retrouvé la dose de peptides que nous leur avons donnée et nous nous sommes rendu compte que les cellules en produisaient plus. Cela prouve qu’avec l’alimentation, on peut aider », s’enthousiasme la jeune femme.

De la à prescrire du lait d’ânesse à tous les malades chroniques des intestins, on en est encore loin. Il faudra attendre d’autres essais cliniques pour cela. Mais d’ici quelques années, le précieux liquide, qui fait aujourd’hui les beaux jours de la cosmétologie, pourrait trouver une autre utilité, et les 80 producteurs de lait d’ânesse français de nouveaux débouchés.