Toulouse: Des monstres dans le métro ... pour chasser le harcèlement sexiste

SOCIETE Ils ont le regard libidineux et la langue qui pend. Tisséo a choisi des messagers plutôt trash pour sa première campagne contre le harcèlement sexiste dans les transports…

Hélène Menal
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Des monstres baveux à l'image des harceleurs du quotidien débarquent dans le métro de Toulouse.
Des monstres baveux à l'image des harceleurs du quotidien débarquent dans le métro de Toulouse. — H. Menal - 20 Minutes

« Un jour, un petit papi s’est assis à côté de moi. Je me suis aperçue qu’il utilisait le reflet de la vitre pour regarder sous ma jupe. C’était flippant, vraiment bizarre », confie Morgane, une Toulousaine croisée sur la ligne A.

Ce compagnon de voyage qui a tant marqué la jeune fille peut désormais voir son propre reflet sur les vitres des portes palières, sous les traits de monstres lubriques, avec la bave aux lèvres et, pour l’un, pas moins de quatre mains baladeuses.



Il s’agit de la première campagne lancée par Tisséo contre le harcèlement sexiste et les violences sexuelles dans les transports en commun. « Elle est trash et c’est assumé, car on ne peut pas laisser se développer ce type de problème sans réagir », assure Jean-Michel Lattes le président de l’autorité de transport. Il sait bien que les 30 signalements recensés l’an dernier sont loin, très loin, d’être un indicateur du phénomène. Selon les études, seulement 2 % des faits donneraient lieu à des plaintes.

Pas de réaction pour ne pas « envenimer la situation »

« Un regard appuyé et le petit commentaire qui va avec quand on passe, ça m’arrive quasiment tous les jours », témoigne Carla, 21 ans, qui évite toujours de réagir de peur d’envenimer la situation. La campagne lui donne des pistes. « Elle précise que nos agents sont formés pour accompagner les victimes dans leur dépôt de plainte », explique Marc Del Borrello, le président de la régie.

Dans les rames et les stations, les bornes d’alarme peuvent aussi être utilisées pour signaler ces types d’agissements. Enfin, les monstres sont là pour inciter les éventuels témoins à réagir.

La Ligue des droits de l’Homme de Toulouse, qui avait tiré la sonnette d’alarme en novembre 2016 et travaille depuis avec Tisséo sur le sujet, estime que cette campagne montre que « l’ampleur du phénomène est désormais prise en compte ». Mais elle a d’autres demandes. « 65 % des utilisateurs du réseau sont des femmes. Il faut prendre en compte cette spécificité en expérimentant par exemple l’arrêt à la demande, entre deux stations, sur les bus de nuit », indique Philippe Lebailly, chargé du dossier à la LDH.