OL–TFC: Jean-Michel Aulas vs Pascal Dupraz, le match des «punchlines»

FOOTBALL Le président de l’Olympique lyonnais Jean-Michel Aulas et l’entraîneur du TFC Pascal Dupraz, deux grosses personnalités de la Ligue 1, ont rendez-vous dimanche…

Nicolas Stival (avec Jérémy Laugier)

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Jean-Michel Aulas, le président de l'OL, et Pascal Dupraz, l'entraîneur du TFC.
Jean-Michel Aulas, le président de l'OL, et Pascal Dupraz, l'entraîneur du TFC. — Photomontage Ph. Desmazes/AFP - N. Tucat/AFP

Avec sa vibrante sortie sur la France « pays de merde », destinée à tous ceux qui se sont réjouis de l'élimination du PSG en Ligue des champions, Pascal Dupraz a encore frappé fort, vendredi. Au côté de Jean-Michel Aulas, l’entraîneur du TFC fait partie des plus gros ambianceurs de notre Ligue 1. Le président lyonnais et le technicien toulousain se croiseront dimanche au parc OL. Adulés par les uns, conspués par les autres, Aulas et Dupraz aiment les joutes oratoires, devant les médias ou sans filtre, via Twitter, pour le premier.

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On a sélectionné pour chacun leurs cinq plus belles saillies verbales, de plus ou moins bon goût, regroupées par thèmes. Un tri très délicat, mais obligatoire : la compilation de leurs « punchlines » rivaliserait en volume avec la Comédie humaine de Balzac.

L’embrouille entre collègues

Avec le départ de Vincent Labrune de la présidence de l’OM, à l’été 2016, Jean-Michel Aulas a perdu l’une de ses punching-balls favoris. Il l’avait notamment visé après l’interruption du duel des Olympiques, en septembre 2015 au Vélodrome, à cause de jets de projectiles : « J’ai dit à Vincent Labrune que c’était un guignol et qu’il ne durera pas aussi longtemps qu’il le croit dans le football. » Bien vu pour la seconde partie de la phrase…

S’il organise un dîner entre entraîneurs de Ligue 1, Pascal Dupraz n’invitera pas Bernard Casoni ou Christian Gourcuff, actuel et ancien Lorientais. Lors d’une interview pour Eurosport, en octobre 2016, le technicien toulousain avait écorché le papa de Yoann. « Gourcuff, l’apôtre du beau jeu ? Je savais que le foot était né en Angleterre, je ne savais pas qu’il était né à Lorient. »

Le canardage de ses propres joueurs

L’amour dure trois ans a écrit Frédéric Beigbeder. Tout passe, tout lasse. Ainsi, en juillet 2012 dans Le Progrès, Aulas n’avait pas hésité à flinguer quelques vénérables serviteurs de l’OL. « La saison dernière, un certain nombre de joueurs ont pourri le vestiaire. Il y a eu une pression néfaste des pharaons ou des dinosaures. » Les joueurs visés par cette allusion (pré) historique ? Kallström, Bastos, Cissokho mais aussi l’emblématique Cris, aujourd’hui entraîneur des U19 de… l’Olympique Lyonnais. Sans rancune.

En septembre 2016, Dupraz est quant à lui revenu sur sa première vie de coach, à Evian-Thonon-Gaillard. « J’ai détesté certains joueurs, mais je fais semblant. A l’ETG, il y avait un joueur cité pour sa longévité. Il n’y a pas plus retors que celui-ci, égocentrique comme pas deux. Je l’ai su dès le début, ce qui ne m’a pas empêché de le faire jouer. » Le Savoyard refuse toutefois de donner un nom.

Pas de quartier pour les « ennemis »

Les médias, les supporters adverses… Aulas dézingue à tout va. Mais le patron de l’OL n’aime rien tant que se farcir du Stéphanois. Sa sortie la plus célèbre ? Celle prononcée après une défaite contre l’ASSE, en septembre 2010 : « Nous avons perdu contre Saint-Étienne pour la première fois depuis seize ans. Nous jouons en Ligue des Champions alors que les Stéphanois, eux, ils la jouent sur la PlayStation. »

Technologie toujours : le président lyonnais s’est entiché de Twitter, où il peut converser avec les fans du voisin vert. Avec la courtoisie et l’esprit qui siéent aux réseaux sociaux.

Les colères de Dupraz virent quant à elles parfois au mysticisme. L’une de ses plus fameuses remonte à février 2014, après un succès de l’ETG, à la lutte pour le maintien en L1, sur Nantes : « Je suis content parce que l’espace d’un instant les mécréants vont fermer leur gueule et ça, ça me plaît. J’espère qu’ils vont encore fermer leur gueule un paquet de fois jusqu’à la fin de saison. Et qu’ils ferment leur gueule jusqu’à la fin de saison prochaine. » Beaucoup s’interrogeront sur les destinataires de ce message, à chercher sans doute dans l’entourage d’un club aujourd’hui disparu.

Luis Fernandez, Christophe Dugarry, Daniel Riolo… D’autres cibles plus récentes du courroux de l’actuel Toulousain sont en revanche clairement identifiées. A Paris, le 19 février, Dupraz s’en est carrément pris au système en général, façon Florent Pagny dans Ma liberté de penser. « Dès lors qu’on s’exprime, on est sanctionné, déplorait le Savoyard après son expulsion du banc de touche. C’est un Etat extrêmement répressif, l’arbitrage est le microcosme de notre Etat. » Un avant-goût du « pays de merde » de vendredi…

Et la poésie, dans tout ça ?

Cette saison, Lyon a été la première équipe à battre le TFC au Stadium (1-2), le 29 octobre 2016. De quoi inspirer cette tirade déconcertante à JMA avant un déplacement à Turin, quatre jours plus tard en Ligue des champions : « La Juventus paraît un Himalaya inatteignable… Mais quand on peut rivaliser avec Toulouse, la meilleure équipe à domicile du championnat, surpuissante, on peut peut-être aller taquiner la Juve. » Ça commençait comme du Lamartine, ça finit comme du Bruno Génésio.

Rien à voir avec l’inspiration de Pascal Dupraz début mars 2016 lorsque, fraîchement arrivé à Toulouse, il évoquait la fronde des supporters d’un club alors avant-dernier de L1. « Quand il y a désamour, c’est qu’il y a eu amour. Et quand il y a eu amour, c’est qu’il y a eu des cendres. Et quand il y a des cendres, il y a des braises. Il suffit de souffler sur les braises pour que tout à coup, l’amour rejaillisse. » C’est beau comme un devoir d’hypokhâgne. Vous avez quatre heures.

Bilan

Difficile de départager ces deux fortes gueules car elles n’ont pas la même longévité ni les mêmes responsabilités. Mais Aulas comme Dupraz dominent haut la main leur catégorie respective.