Procès AZF: La piste terroriste disséquée par un super-flic et un célèbre juge

JUSTICE Cette semaine, le procès AZF aborde la piste terroriste qui n’a pas été retenue par les juges d’instruction. Avec des poids lourds à la barre des témoins…

Helene Menal

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Explosion de l'usine AZF a Toulouse le 21 septembre 2001.
Explosion de l'usine AZF a Toulouse le 21 septembre 2001. — SIPA

L’usine AZF de Toulouse a explosé le 21 septembre 2001, dix jours après l’attaque d’Al-Qaïda sur le World Trade Center. Dans les minutes et les heures qui ont suivi la déflagration dans la Ville rose, l’hypothèse de l’attentat était dans tous les esprits.

Si elle n’a pas résisté à l’instruction, qui a retenu celle d’un mélange accidentel de produits chimiques, cette possibilité revient cette semaine sur le tapis lors du troisième procès devant la cour d’appel de Paris. Dans un contexte bien différent de celui des deux procès précédents, après la vague d’attentats qui a frappé la France.

Pas de revendication

Deux jours au moins du procès vont être consacrés à la « piste intentionnelle ». Et mercredi, c’est le super-flic Roger Marion, à l’époque directeur central de la police judiciaire, qui a ouvert le ban, fermement décidé à défendre l’enquête de ses hommes. « Un acte terroriste implique une revendication », a-t-il tenu à préciser à la barre des témoins. Or, les trois recueillies après AZF se sont avérées « fantaisistes ». Et il n’y en a pas eu d’autres depuis.​

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​L’ex-préfet a également dédouané Hassan Jandoubi, une des victimes de l’explosion. L’intérimaire avait été pointé du doigt par plusieurs articles de presse et experts parce qu’il portait plusieurs couches de sous-vêtements comme certains kamikazes. « Aucune trace d’explosif n’a été retrouvée sur son corps », a rappelé Roger Marion répondant à la demande de clarification faite par l’avocat de la veuve.

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Les avocats de la défense, et ceux de certaines parties civiles, pas convaincus par la piste chimique, ont longuement « cuisiné » l’ex-policier sur des points plus précis de l’enquête mais ce dernier qui a suivi le dossier depuis Paris n’a pu leur apporter que des réponses vagues.

L’ombre d’Artigat

Un autre poids lourd lui a succédé à la barre : le juge antiterroriste Jean-Louis Bruguières. Auteur d’une note « privée » sur l’explosion d’AZF en 2010, à la demande de Total, il estime pour sa part que la « porte de la piste intentionnelle n’a pas été complètement refermée ». « Toulouse était concernée par des réseaux islamistes radicaux depuis 1994 », a rappelé le magistrat.

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Il a longuement évoqué notamment la filière d’Artigat, du nom de ce petit village de l’Ariège revenu sur le devant de la scène après la nouvelle d’attentats qui a frappé la France. Les frères Merah y ont séjourné, tout comme Fabien Clain, qui a revendiqué l’attaque du Bataclan dans un message enregistré de Daesch. Jean-Louis Bruguières considère aussi que la téléphonie dans l’entourage de Hassan Jandoubi n’a « pas été suffisamment exploitée »… tout en reconnaissant qu’il n’y a « aucun élément concret » pouvant relier l’intérimaire décédé à la mouvance islamiste.

Mercredi, de nouveaux témoins vont se succéder pour, tour à tour, instiller ou pourfendre l’hypothèse de l’attentat.