AZF: Un procès parisien qui frustre les victimes toulousaines

JUSTICE A Toulouse, les victimes suivent le troisième procès AZF par écran interposé. Avec l'impression d'être une fois de plus au mauvais endroit...

Helene Menal

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Les associations de victimes d'AZF ont symboliquement déplié leurs banderoles devant le centre de retransmission du procès.
Les associations de victimes d'AZF ont symboliquement déplié leurs banderoles devant le centre de retransmission du procès. — H. Menal - 20 Minutes

C’est à Toulouse que l’usine AZF a explosé 21 Septembre 2011 mais c’est à Paris que s’est ouvert ce mardi le troisième procès de la catastrophe. Certes, l’audience est retransmise dans la grande salle du Centre de Congrès de la Ville rose. Certes, les frais sont pris en charge pour les victimes qui souhaitent assister aux débats dans la capitale.

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« Mais les gens travaillent figurez-vous, personne ne peut poser quatre mois de vacances, ni laisser sa famille pendant tout ce temps », souligne Sophie Vittecoq du collectif « Plus jamais ça, ni ici, ni ailleurs » (PJ). Une douzaine de ses membres sont « montés » à Paris. Les autres ont déployé leur banderole à Toulouse.

« Nous apparaîtrons en force mercredi quand nos avocats demanderont la citation directe de Total en tant que prévenu, puis dans les temps forts, au moment des réquisitions et des plaidoiries », précise la militante. Pour le reste, elle compte « sur les retraités » pour assurer au moins une présence dans la Ville rose.

Pas de voyage en avion pour cause de séquelles

L'Association de sinistrés ne se remet pas de la délocalisation du procès.

L’association des Sinistrés du 21 septembre connaît les mêmes problèmes d’organisation et la même schizophrénie. « Ils sont une dizaine à Paris aujourd’hui, et nous allons essayer de nous relayer », explique Patricia. Mais elle ne prendra pas son tour. Cette jeune retraitée était en voiture avec ses deux enfants tout près d’AZF le jour de déflagration. Quand bien même elle voudrait prendre l’avion, ses séquelles auditives l’en empêcheraient.

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Même impossibilité pour Guy Fourest, le président du Comité de défense des victimes d’AZF. A 85 ans, il ne se voit pas trotter avec sa canne et sa « vue qui baisse » dans les rues de Paris. Mais chez lui c’est la colère qui prend le pas sur la frustration. « J’ai honte de mon pays ! », s’emporte-t-il découragé d’avance d’avoir pour la troisième fois à entendre les mêmes théories. « On va encore nous parler d’une bombe, alors qu’on sait très bien que c’est un accident industriel ». Après 15 ans de combat, il est usé.

« On a tous 15 ans de plus. Je viendrai tous les jours si ma santé me le permet », assure Jacqueline tout heureuse d’avoir retrouvé des « copines de procès » au milieu des quelque 400 personnes venues assister à ce premier d’audience par écran interposé. Elle vient surtout pour savoir pourquoi son logement a volé en éclat un matin ensoleillé de septembre. « Mais j’ai bien peur qu’on n’apprenne rien de plus », dit-elle fataliste.

Une seule caméra, bloquée sur la présidente

Enfin, la frustration pour l’instant est aussi technique : une caméra, un plan fixe sur la présidente et un vague travelling sur la salle. Les victimes toulousaines n’ont pas vu le banc des prévenus. Elles n’ont pas pu mettre un visage sur les interpellations des avocats.

Ces derniers se plaignent eux-mêmes à Paris de n’avoir qu’un micro pour six.