La légitime défense au centre du procès en appel du buraliste qui a tué un jeune cambrioleur

JUSTICE Luc Fournié, un buraliste de Lavaur, est jugé en appel à partir de mercredi à Toulouse pour avoir tué le lycéen venu le cambrioler. Il plaide la légitime défense mais il attendait sa victime…

Helene Menal

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Le fusil de chasse utilisé par le buraliste pour tuer le lycéen le 14 décembre 2009.
Le fusil de chasse utilisé par le buraliste pour tuer le lycéen le 14 décembre 2009. — P. Pavani - AFP

Jonathan Lavignasse avait 17 ans et demi quand il a succombé à un tir de fusil de chasse dans le commerce qu’il venait cambrioler avec un copain. Luc Fournié, le buraliste de Lavaur (Tarn) qui a fait feu, est jugé en appel pour meurtre à partir de ce mercredi devant la cour d’assises de Haute-Garonne. Il plaide la légitime défense dans un dossier où il n’y a pas d’évidence.

Une alarme bricolée avec du fil de pêche

Car quatre jours avant la nuit du drame, le 14 décembre 2009, Luc Fournié avait remarqué que les barreaux d’une des fenêtres de son bar-tabac avaient été sciés. Il avait signalé aux gendarmes sa découverte. Et, alors qu’il habitait au-dessus de son commerce avec sa famille, il avait du coup décidé de s’installer au rez-de-chaussée sur un lit de camp, son arme à portée de main.

Le buraliste avait même bricolé un système d’alarme grâce à des chaises reliées par du fil de pêche. Quand les deux jeunes cambrioleurs sont rentrés, il a ouvert le feu dans le noir. Il a tiré une fois sur Jonathan Lavignasse, touché au ventre, puis sur son ami Ugo Bernardon qui a réussi à s’enfuir indemne.

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Condamné à 7 ans au premier procès

Lors du premier procès en mars 2015 à Albi, l’avocat général avait requis l’acquittement pour Luc Fournié. Mais les jurés, jugeant sa riposte « disproportionnée » l’avaient condamné à 7 ans de prison. L’homme qui revient ce mercredi dans le box a 58 ans. « Un gamin est mort et il vit mal les choses, assure Georges Catala, son avocat toulousain. Il regrette le fait qu’il ait été obligé de se défendre mais l’intrus aurait pu être un dangereux gangster. »

« La légitime défense, ce n’est pas un permis de tuer »

Le défenseur garde donc sa ligne : « J’ai le sentiment de défendre un homme honnête, un homme qui n’est pas violent », dit-il, en insistant sur le contexte : « Il est chez lui à 2h30 du matin, sa mère octogénaire et sa famille sont au-dessus, et il est réveillé en sursaut, dans l’anxiété et la peur, il prend une arme et il se défend. La légitime défense est faite pour ça/»

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« La légitime défense, ce n’est pas un permis de tuer !, rétorque Patrick Maisonneuve, l’un des avocats de la famille du lycéen tué. Il aurait simplement dû allumer la lumière, cela aurait suffi à faire fuir les gamins. » Le pénaliste rappelle que Jonathan Lavignasse n’avait pas de casier et que toute une famille « effondrée » demande justice.

L’accusé comparaîtra libre à ce nouveau procès qui doit durer trois jours.