Toulouse: Pour améliorer la mixité sociale, deux «collèges ghettos» vont déménager

EDUCATION Le Conseil départemental de la Haute-Garonne envisage de reconstruire les collèges de la Reynerie et de Bellefontaine pour favoriser leur mixité sociale...

Béatrice Colin

— 

Rentree scolaire dans un collège toulousain.
Rentree scolaire dans un collège toulousain. — Fred.Scheiber

A Toulouse, dans cinq collèges, le nombre d’élèves issus de milieux défavorisés oscille entre 60 et 80 % quand dans d’autres établissements publics de la ville le taux d’inscrits issus des classes favorisées atteint 75 %.

Des chiffres qui illustrent le manque de mixité sociale dans les 24 collèges publics de la Haute-Garonne. Et contre lequel la sectorisation ne peut rien faire.

80 % d’élèves issus de milieux défavorisés

Un problème auquel le Département a décidé de s’attaquer pour que les jeunes de tous les quartiers aient plus de chances de réussite. Sans détour, Marie-Claude Leclerc, vice-présidente du conseil départemental chargée de l’Education, affiche la couleur : « Nous voulons casser les collèges ghettos dans Toulouse ».

Et pour y parvenir, la collectivité envisage tout simplement de déménager deux des établissements du réseau d’éducation prioritaire (REP +), à savoir Raymond-Badiou à la Reynerie et le collège Bellefontaine.

Reconstruction d’ici 2021

« Nous voulons les reconstruire à la frontière d’autres quartiers de façon à recréer de la mixité sociale. L’objectif est de commencer la reconstruction du collège Raymond-Badiou dès 2017. En attendant, l’établissement actuel reste ouvert et les élèves qui y sont inscrits y finiront leur scolarité. Par contre, les élèves des six classes de CM2 qui devaient y entrer l’an prochain seront accueillis dans dix collèges très favorisés de la Métropole et des navettes gratuites seront mises en place », indique l’élue qui évalue à 15 millions d’euros la reconstruction de chaque collège.

Si aucun grain de sable ne vient enrayer la machine, et si ce projet obtient l’assentiment d’une majorité des acteurs, le collège flambant neuf Raymond-Badiou ouvrira ses portes à la rentrée 2021. Bellefontaine devrait suivre.

>> A lire aussi : Des expérimentations pour améliorer la mixité sociale dans les collèges

Quant aux trois autres collèges en REP +, ils ne seront pas en reste : Rosa-Parks sera intégralement rénové pour 10 millions d’euros. Et comme Stendhal et Georges-Sand, il aura des aides financières pour l’aide aux devoirs ou bénéficiera d’options permettant d’attirer des élèves d’autres secteurs, plus favorisés.

Projet revu et corrigé

Au départ, le Conseil départemental avait imaginé une autre solution, moins coûteuse, pour recréer de la mixité sociale : mettre en place des binômes, association de deux collèges publics qui aurait permis aux élèves d’établissements en REP + d’intégrer ceux plus favorisés.

>> A lire aussi : Toulouse: Un dispositif pour remettre un peu de mixité dans les collèges

« Mais au fil des rencontres, nous nous sommes rendu compte que ce projet ne tenait pas la route. La gestion des demandes de transfert allait être compliquée et se posait la question des critères pour retenir tel ou tel enfant », reconnaît Marie-Claude Leclerc qui multiplie les réunions pour expliquer cette nouvelle proposition.

Mais elle est loin de satisfaire tout le monde. Des parents et des enseignants sont clairement opposés à ce déménagement.

Opposition de parents et enseignants

« Il s’agirait de la disparition pure et simple d’un des derniers services publics de proximité. Pourquoi est-ce toujours aux enfants de milieux défavorisés de s’adapter ? Pourquoi n’impose-t-on pas aux élèves du centre-ville, de Fermat, qui souffrent eux aussi de non mixité sociale, la fermeture de leur ghetto de riches », interpelle le syndicat Sud Education 31 dans un tract.

Il préconise plutôt de renforcer les moyens humains et pédagogiques à destination des écoles et collèges du Mirail.

Ses adhérents, ainsi que des habitants et le Snuipp (1er degré) appellent à un rassemblement ce jeudi, à 16 h 30 sur la place Abbal « pour la défense de l’éducation prioritaire ».