Toulouse: Ils veulent exhumer les trésors de Saint-Sernin avant qu'il ne soit trop tard

PATRIMOINE Il n’y aura pas de fouilles d’ampleur avant le démarrage des travaux d’embellissement de la place Saint-Sernin. Un collectif d’amoureux du patrimoine crie à l’hérésie…

Hélène Ménal

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Le futur parvis de Saint-Sernin.
Le futur parvis de Saint-Sernin. — BAU B

Les tractopelles devraient débarquer dès janvier sur la place Saint-Sernin pour les travaux préparatoires au projet d’embellissement des pourtours de l’emblématique basilique. Il a été imaginé par l’urbaniste catalan Joan Busquets qui prévoit d’y interdire le stationnement, d’y planter une centaine d’arbres supplémentaires, et de l’agrémenter de deux jardins publics.

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Pour que les choses aillent vite dans ce secteur chargé d’histoire, la mairie a commandé un diagnostic archéologique, procédant donc par « carottage ». Même légère, l’opération a dévoilé de premiers trésors : une tombe intacte du XIIIe siècle et deux magnifiques chapiteaux romans en parfait état de conservation par exemple. Mais les choses doivent en rester là.

Une pétition de plus de 4.000 signatures

Et c’est bien ce qui chagrine les amoureux du patrimoine (historiens, riverains, paroissiens, etc.) du Collectif de sauvegarde de la place Saint-Sernin créé en riposte à ce qui est ressenti comme une « hérésie ». « Il y a 2.000 ans d’histoire sous la place, probablement les vestiges d’une église paléochrétienne. On ne comprend pas l’obstination de la mairie à ne pas profiter de ce patrimoine inestimable qu’on a sous les pieds », souligne Marc-Olivier Lenique, un des porte-parole.

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Le collectif doute que la plantation d’arbres adultes épargne les vestiges séculaires. C’est pourtant l’assurance que donne Annette Laigneau, l’adjointe à l’Urbanisme : «Cette rénovation et ces plantations seront faites soit sur terrains surélevés, soit où il sera possible d’excaver de 80 cm en fonction des hauteurs de vestiges connues, soit dans les trous des fouilles déjà réalisés», précise-t-elle.

Le collectif a lancé une pétition qui a recueilli plus de 4.000 signatures, dont 2.500 via Internet, et demande à la mairie de ne « pas recouvrir ces trésors pour au moins 40 ans d’une chape de béton ». «Il y a aura beaucoup moins de béton à la fin des travaux en 2020 qu’aujourd’hui !», rétorque  de son côté Annette Laigneau.

 

Une solution alternative

Les amoureux de Saint-Sernin ne se contentent pas de faire office de gardiens du temple poussiéreux. Ils proposent une solution alternative. L’idée, développée avec la Société archéologue du Midi de la France, est d’utiliser des « matériaux réversibles » pour rhabiller la place et d’y procéder à une vaste fouille faite de petits chantiers mobiles échelonnés dans le temps. « Les touristes pourraient visiter le chantier, cela constituerait une attraction supplémentaire », explique Marc-Olivier Lenique.

Le but ultime est de réunir les trésors exhumés dans un « musée de l’Œuvre », relié à la basilique. Et sur ce dernier point, le Capitole est d’accord avec eux. «Jean-Luc Moudenc [le maire], a clairement dit qu’il y était favorable (…) Le choix du lieu reste à établir. Il est encore soumis à des études approfondies et à des discussions», explique l’adjointe à l’Urbanisme.