Stade Toulousain: Christopher Tolofua arrive enfin à maturité... Dommage, il va bientôt partir

RUGBY Le talonneur du Stade Toulousain Christopher Tolofua semble enfin avoir décollé son étiquette d’éternel espoir, alors qu’il rejoindra les Anglais des Saracens en fin de saison…

Nicolas Stival

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Le talonneur du Stade Toulousain Christopher Tolofua lors du match de Coupe d'Europe chez les Irlandais du Connacht, le 15 octobre 2016 à Galway.
Le talonneur du Stade Toulousain Christopher Tolofua lors du match de Coupe d'Europe chez les Irlandais du Connacht, le 15 octobre 2016 à Galway. — P. Faith / AFP

Ce n’est pas une résurrection, mais ça y ressemble un peu. Après de très longs mois de doutes, Christopher Tolofua s’affirme comme l’un des hommes en forme du Stade Toulousain. Le 31 août, le président René Bouscatel n’avait pourtant pas choqué grand monde lorsqu’il avait évoqué avec une pointe d’ironie le départ annoncé du jeune talonneur pour le club anglais des Saracens, en juin 2017.

« Ce n’est pas une mauvaise nouvelle », avait lâché le dirigeant. « Je lui souhaite bon vent. »

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Depuis, l’international aux quatre sélections est sorti du frigo dans lequel il patientait en début de saison pour s’affirmer aujourd’hui comme le numéro 1 des numéros 2, devant Leonardo Ghiraldini et Julien Marchand. « En ce moment, je prends mon pied, sourit "Tolo" le costaud (1,82 m, 117 kg). Je retrouve le plaisir de mes débuts. »

On était alors en janvier 2012, et le Wallisien d’origine faisait sensation. A 18 ans à peine, il avait ainsi sorti une énorme prestation pour sa première titularisation en Top 14 face au Racing 92, marquée par un « tampon » très médiatisé sur l’ailier argentin Juan Imhoff. La fin de saison, couronnée par un Bouclier de Brennus, avait été du même acabit, jusqu’à ses deux premières sélections avec le XV de France, lors de la tournée de juin 2012 en Argentine.

Ses premières sélections en 2012 ? « Cela lui a fait beaucoup de mal »

Deux autres suivront, deux ans plus tard, mais la confirmation des immenses promesses initiales se fera attendre. « Il a tellement de qualités, souligne William Servat, l’entraîneur des avants toulousains. Il a été récompensé [au niveau international] très vite. Cela lui a fait beaucoup de mal. Aujourd’hui, il a passé ce cap. Il ne faut pas oublier que c’est un joueur de 20 ans, au tout début de sa carrière. »

« Cela a été un gros ascenseur émotionnel d’un seul coup, qui ne m’a pas forcément réussi, décrypte l’intéressé, qui fêtera en fait ses 23 ans le 31 décembre. Je ne regrette pas, mais cela aurait pu se passer autrement. »

Longtemps, les qualités physiques et techniques de Tolofua, dans le jeu courant comme en mêlée, ont été éclipsées par une certaine indiscipline et, donc, par des problèmes récurrents de lancers en touche. Autrement dit, la base à son poste… Aujourd’hui, ce grand espoir du rugby français semble enfin avoir corrigé ses défauts.

« J’aspire à ce qui se fait de mieux en Europe. »

L’annonce de son prochain départ pour les champions d’Europe et d’Angleterre en titre l’a-t-il libéré ? La coïncidence est troublante en tout cas. « Je ne peux pas dire ça, élude le talonneur. J’ai aussi la confiance des coaches, et le travail paye. » Dommage, car dès la saison prochaine, ce sont les Saracens qui vont en profiter. « C’est peut-être un besoin d’aller voir ailleurs, d’avoir une vie de famille hors des frontières françaises, tente d'analyser Servat. Pour nous, c’est d’autant plus difficile qu’il atteignait son meilleur niveau. »

Tolofua avance plutôt une explication sportive : « J’aspire à ce qui se fait de mieux en Europe. » Or, le cœur du rugby continental ne bat plus depuis un bon moment sur les bords de Garonne. « Je suis Toulousain à la base, rappelle-t-il toutefois. Cela ne change pas mon niveau d’exigence pour cette saison. »

Finir sa carrière stadiste comme le jeune avant l’avait commencée, sur un titre, serait la meilleure façon de boucler la boucle. Et de raviver peut-être les regrets chez certains dirigeants.