Mort de Rémi Fraisse: Deux ans après, où en est l'enquête?

JUSTICE L’instruction sur la mort de Rémi Fraisse est toujours ouverte, deux ans après sa mort dans la nuit du 25 au 26 octobre 2016…

Beatrice Colin

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Sur le site du projet de barrage de Sivens, un hommage à Rémi Fraisse.
Sur le site du projet de barrage de Sivens, un hommage à Rémi Fraisse. — F. Scheiber / SIPA

Dans la nuit du 25 au 26 octobre 2014, après une journée de mobilisation contre le projet de barrage de Sivens, un jeune militant écologiste était tué par l’explosion d’une grenade offensive lancée par un gendarme.

Depuis deux ans, l’enquête se poursuit pour déterminer les circonstances exactes de la mort de Rémi Fraisse, mais aussi la chaîne des responsabilités.

Aucune mise en examen

Au lendemain de la mort de Rémi Fraisse, le procureur de Toulouse ouvrait une enquête contre X pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». Requalifiée depuis en « homicide involontaire », elle n’a toujours pas permis de mettre une personne sur le banc des accusés.

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Le maréchal des logis chef, qui a tiré la grenade à l’origine du décès du jeune militant, a été placé en mars dernier sous le statut de témoin assisté. Son avocat a indiqué qu’il avait agi dans le cadre d’un ordre et de manière réglementaire.

Ce statut lui permet d’avoir accès au dossier mais pas d’être renvoyé devant un tribunal. Pour cela, il faudrait que les deux juges d’instruction en charge du dossier le mettent en examen. « C’est juridiquement toujours possible, mais il faudrait des éléments nouveaux », indique Claire Dujardin, l’une des avocates de la famille de la victime.

Chaîne de responsabilités

Depuis l’ouverture d’une information judiciaire, les deux juges d’instruction ont entendu de nombreux gendarmes. Mais aussi de simples témoins, militants anti-barrage présents sur le site, ou organisateurs de la manifestation pacifiste de l’après-midi du 25 octobre. Ces auditions ont permis de savoir que le jeune homme de 21 ans, passionné de botanique, « levait les mains » et criait « arrêtez » aux gendarmes au moment où il a été tué.

« Les gendarmes sont entendus, les deux juges remontent la chaîne de commandement, c’est ce que nous avons demandé. Nous souhaiterions que la hiérarchie rende compte de ce qui s’est passé notamment au niveau de la responsabilité de l’Etat, sur l’ordre donné d’intervenir au lieu de se retirer. Ce serait bien d’entendre sur ce sujet le préfet, le directeur de cabinet », plaide Me Claire Dujardin.

La piste d’un peloton de gendarmes « fantôme »

Dans un article paru en juillet dernier, le magazine Reporterre évoque la possibilité qu’une équipe de gendarmes ait été présente sur place cette nuit-là, sans qu’elle apparaisse officiellement dans les comptes rendus et rapports officiels.

Ce peloton fantôme aurait été stationné en dehors de la base de vie grillagée où se trouvaient les autres militaires selon l’enquête qui fonde son argumentation sur les contradictions des gendarmes et sur plusieurs témoignages. Et ces fameux gendarmes fantômes se seraient trouvés pile en face de l’endroit où Rémi Fraisse a été tué.

« C’est compliqué à prouver mais nous considérons qu’il y a des zones d’ombre et plein de contradictions. C’est une version possible que nous n’avons, nous avocats, pas les moyens de vérifier », poursuit l’avocate de la famille de Rémi Fraisse qui s’est vu refuser ses demandes d’actes, notamment de reconstitution. Elle déplore aussi que l’enquête administrative ait été menée par des gendarmes, sur des gendarmes.

Ses proches restent encore aujourd’hui secoués. D’autant plus que le tribunal administratif de Toulouse a indiqué cet été dans un jugement que le projet de barrage de Sivens n’était pas d’utilité publique.

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