Mission Rosetta: «Nous avons un million de fois plus de données sur les comètes»

INTERVIEW La sonde Rosetta, en orbite autour de la comète « Tchouri », a cessé de communiquer avec Philae. Philippe Gaudon qui fut responsable de cette mission pour le CNES revient sur cette aventure historique…

Propos recueillis par Beatrice Colin

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Philippe Gaudon, chef de projet de la mission Rosetta.
Philippe Gaudon, chef de projet de la mission Rosetta. — CNES/GRIMAULT Emmanuel

This is the end. Philae, petit robot de 100 kg posé depuis le 12 novembre 2014 sur la comète Tchouri, est définitivement muet. La sonde européenne Rosetta, en orbite autour du corps céleste, coupe définitivement la communication avec son atterrisseur avec qui elle n’a plus eu de contact depuis le 9 juillet 2015.

Philippe Gaudon, qui a été le chef de projet de la mission Rosetta au Centre nationale d’études spatiales (CNES) de Toulouse, répond à 20 Minutes et revient sur cette aventure humaine et scientifique.

Pourquoi doit-on couper la communication entre Philae et Rosetta alors que le « crash » de l’orbiteur sur la comète est programmé pour le 30 septembre prochain ?

On s’était fait une raison depuis la fin du mois de janvier, nous étions à l’écoute mais nous savions qu’il y avait peu de chances d’entendre à nouveau Philae.

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La comète s’éloigne de plus en plus du soleil, elle est aujourd’hui à 520 millions de kilomètres et l’énergie reçue par les panneaux solaires diminue. Il est nécessaire de les économiser pour continuer à faire fonctionner dix des 11 instruments de Rosetta, que ce soit le reniflage du gaz, l’analyse du plasma ou encore la caméra.

D’ici fin septembre, que va faire Rosetta ?

Rosetta est à 10 km en orbite autour de la comète et d’ici septembre, nous allons essayer d’aller au plus près, à 5 km, si l’activité de la comète le permet. Pour l’instant, il continue à observer la surface de la comète, ce qui va permettre de la comparer avec le moment où elle se trouvait au plus près du soleil et voir son évolution au cours des deux dernières années.

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Rosetta continue à transmettre toutes ces données et cela peut avoir lieu durant 6 à 8 heures par jour. Mais l’orbiteur a de moins en moins d’énergie, donc on ne fait que ce qui est nécessaire.

Pour la manoeuvre, nous utiliserons le carburant encore stocké à bord, il en reste quelques kilos sur les 1.700 présents lors du lancement, en mars 2014.

Les grandes découvertes réalisées grâce aux données recueillies ont-elles toutes été faites ?

Avec cette mission, nous avons un million de fois plus de données sur les comètes. Nous sommes en train de les archiver pour qu’elles soient exploitables même dans quarante ans. Aujourd’hui, les scientifiques ont exploité essentiellement les données recueillies entre 2014 et 2015, il faut encore croiser les résultats de leurs études.

Mais nous pouvons nous attendre encore à des annonces dans les mois à venir à propos de molécules, notamment grâce à l’instrument Rosina qui analyse le gaz.

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Quelles sont les découvertes majeures de cette mission ?

Nous avons eu plein de surprise. Par exemple concernant la surface, elle est escarpée, a des falaises alors que nous aurions pu penser que le dégazage de la comète aurait laissé une surface plus plane, comme celle d’un glacier… Et nous n’avons pas encore bien compris pourquoi, nous nous demandons comment se passe la transition entre l’intérieur et l’extérieur de la comète et ce qui fabrique cette surface.

La découverte d’oxygène moléculaire en grande quantité interroge aussi : est-ce que cela s’est formé dans la comète ? Avant la comète ? Nous nous posons aussi des questions sur l’absence de champ magnétique.

« Nous avons appris beaucoup de choses, mais maintenant il va falloir d’autres missions pour avoir réponse à certaines de nos questions ».

Y aura-t-il une mission Rosetta numéro 2 ?

Pas à court terme. Il va falloir attendre au moins 20 ans pour retourner sur une comète. Il y a tellement d’autres choses à aller voir avant, comme les satellites de Jupiter, de Saturne, la matière noire de l’Univers.

L’une des prochaines missions dont on entendra parler sera Mascot, menée avec les Japonais. Cet atterrisseur se posera en 2019 sur un astéroïde. Il y en a aussi une en préparation pour aller vers Mercure, lancée en 2018 et qui devrait arriver vers 2025.

Quel sera pour vous le plus grand moment de cette aventure ?

Celui de l’atterrissage. Malgré les rebonds de Philae, nous avons été malheureux par certains côtés mais aussi très chanceux. C’est pour cela que nous avons envie d’y retourner le plus vite possible.

>> Retrouvez notre «21e Minute» sur Rosetta par ici