Aéroport: Les nouveaux actionnaires pourront-ils mettre la main sur le bas de laine?

POLÉMIQUE Le 28 juin, à l’initiative des nouveaux actionnaires, une assemblée générale doit statuer sur la redistribution des dividendes de l’aéroport. Ce qui est loin de faire consensus…

Béatrice Colin

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A l'aéroport de Toulouse-Blagnac.
A l'aéroport de Toulouse-Blagnac. — B. Colin / 20 Minutes

Il y a un an,l’Etat vendait au consortium chinois Symbiose 49,9 % des parts qu’il détenait dans le capital de la société gestionnaire de l’aéroport de Blagnac. Un transfert réalisé pour un montant de 308 millions d’euros après des mois de polémique.

Devenu Casil Europe, le repreneur promettait d’investir 850 millions d’ici à la fin de la concession en 2046. Mais l’une des premières mesures de ce nouvel actionnaire a été de mettre à l’ordre du jour de l’assemblée générale du 1er juin « la distribution des réserves ». En résumé, de toucher au magot de 70 millions d’euros accumulé au fil des ans par les autres actionnaires, tous publics.

Front commun des actionnaires… ou pas

Cette ponction de 17,5 millions d’euros sur le trésor de guerre a bien du mal à passer auprès de quatre autres membres de la Société Aéroport Toulouse-Blagnac. Au point de se fendre d’un courrier le 25 mai à l’attention d’Anne-Marie Idrac, la présidente du conseil de surveillance.

Les présidents de la Région, du Département, de Toulouse Métropole et de la Chambre de commerce, qui représentent ensemble 40 % du capital, y critiquaient de concert cette redistribution d’une partie de la réserve à d’autres fins que celles d’investissements stratégiques. Et ils indiquaient sans détour qu’ils s’y opposeraient.

Finalement retiré de l’ordre du jour du 1er juin, ce point polémique sera abordé lors d’une assemblée générale le 28 juin. Si la Région et le Département n’ont pas changé d’avis et annoncent que ses représentants voteront contre, la Chambre de Commerce et Toulouse Métropole cherchent à adopter « une position commune », tout en ménageant ce nouvel actionnaire.

Quelle carte jouera l’Etat actionnaire

Comme aucun de ces quatre acteurs n’a de minorité de blocage, le vote de l’Etat, qui possède toujours 10,01 %, sera décisif. Il pourrait décider de s’allier à Casil, avec qui il serait lié par un pacte qui l’engage à voter comme un seul homme sur les grandes décisions selon le Collectif contre la privatisation de la gestion de l’aéroport.

« On nous a présenté cet actionnaire comme un financeur potentiel de projets comme le Parc des Expositions, or sa première décision est de siphonner les réserves de la société qu’il a achetée alors que de gros investissements vont être faits sur l’aéroport », critique l’avocat du collectif, Christophe Lèguevaques.

Ce dernier a rendez-vous le 7 juillet devant le tribunal administratif de Paris où son recours contre l’acte de cession des parts de l’Etat à Casil Europe.