Abdelghani, l'autre Merah, s'engage contre la radicalisation

TERRORISME Dans la famille Merah, Abdelghani est le seul à avoir échappé au radicalisme. Aujourd’hui, il s'investit dans le millieu associatif pour « casser le mythe » du « tueur au scooter »…

H.M. avec AFP
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Abdelghani Merah sur un plateau de télévision en novembre 2013
Abdelghani Merah sur un plateau de télévision en novembre 2013 — AFP

Il y a parfois du réconfort à être le « mouton noir » de sa famille. Par exemple quand on s’appelle Merah. Quand on est le frère de Mohammed, le « tueur au scooter », celui d’Abdelkader renvoyé aux assises pour complicité dans l es tueries de Toulouse et Montauban, et celui de Souad, qui a quitté la Ville rose avec mari et enfants, après avoir été filmée à son insu alors qu’elle se disait « fière » des attentats perpétrés par son petit frère.

Ce jour-là, c’était Abdelghani qui tenait la caméra. Le quatrième Merah, celui qui rase les murs depuis l’affaire, détesté des siens, tout simplement parce qu’il n’a pas mordu à l’hameçon du radicalisme.

Terreau familial

« J’étais plutôt bon gardien, courtisé par des clubs de foot réputés, c 'est peut-être de là que vient mon ouverture », avance Abdelghani. Elle ne vient en tout cas pas de l’éducation familiale. « Ma mère disait toujours que les Arabes sont nés pour détester les Juifs. Et mon père estimait que les Palestiniens ont raison de se faire exploser et que les Israéliens ont ce qu’ils méritent », rappelle-t-il.

D’ailleurs en tant que « Merah », il a eu tout faux très tôt. Lorsqu’il est tombé amoureux d’une jeune femme d’origine juive. Pour cette traîtrise, l’aîné Abdelkader le poignardera gravement.

Abdelghani a beau être du côté des « gentils », il n’a pas échappé à la descente aux enfers. Depuis les attaques de son petit frère, il a quitté Toulouse, écrit un livre pour exorciser, pas mal déprimé, vécu une séparation et vivoté du côté de Perpignan.

« Je peux apporter quelque chose, casser le mythe de Mohammed. Dire aux jeunes que mon frère était faible et qu’il s’est fait voler son cerveau »

Mais, il y a nouveau depuis peu dans la vie du quadragénaire qui reste discret sur son nouveau lieu de résidence. Il a décidé de faire de son boulet familial un combat. Avec le journalisteMohamed Sifaoui, qui l’a aidé à écrire son livre, il a participé à Paris à un colloque sur la déradicalisation. Là, il a pris attache avec l’association Entr’autres, qui cherche à comprendre et à désamorcer la radicalisation, et décidé de s’engager à ses côtés.

« Je peux apporter quelque chose, casser le mythe de Mohammed. Dire aux jeunes que mon frère était faible et qu’il s’est fait voler son cerveau », assure Abdelghani Merah.

Et, il lance aussi cet avertissement : « S’il y a un salafiste dans la famille, il faut le couper des autres ». Après les attaques de Paris et Bruxelles, l’émergence des fratries djihadistes lui donnent raison.