D'ici 2050, les glaciers des Pyrénées auront tous disparu

CLIMAT La fonte des glaciers est un des symptômes du réchauffement climatique. Pierre René, un glaciologue, estime que ceux des Pyrénées auront disparu d’ici la moitié du XXIe siècle…

Béatrice Colin

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Le glacier d'Ossoue, au Vignemale, dans les Pyrénées françaises à 100 ans d'intervalle, en 1911 et 2011. Lancer le diaporama
Le glacier d'Ossoue, au Vignemale, dans les Pyrénées françaises à 100 ans d'intervalle, en 1911 et 2011. — L Gaurier et P. René

Pierre René, fondateur de Moraine, l’association pyrénéenne de glaciologie, ausculte le massif et ses glaciers depuis plus d’une quinzaine d’années. Aux premières loges, l’auteur des  Glaciers des Pyrénées, le réchauffement climatique en images a pu assister à leur lente régression. Ce mardi, il donne une  conférence publique à Toulouse sur un phénomène qui paraît désormais inéluctable : leur disparition. Entretien.

Vous travaillez depuis 15 ans sur les glaciers. Sur cette période, avez-vous assisté à la disparition de certains d’entre eux dans le Pyrénées ?

Lors d’un premier inventaire que j’ai réalisé en 2000, j’avais recensé 44 glaciers. Aujourd’hui il n’en reste plus que 27. Il y a quinze ans, il y avait déjà un morcellement de certains glaciers, aujourd’hui ils ne font plus partie de l’inventaire. Nous sommes en train d’assister à leur disparition. En 1850, il y en avait une centaine, on en a perdu les trois-quarts.

Le glacier d’Ossoue, au Vignemale, l’un des plus importants du massif, a perdu 60 % de sa surface depuis 1911. Cette fonte va-t-elle se poursuivre ?

Le glacier d’Ossoue est l’un des mieux documentés, au cours des 15 dernières années il a perdu 20 mètres d’épaisseur et n’en fait plus que 40 aujourd’hui. C’est un glacier très vulnérable car il est au soleil toute la journée, il est parmi ceux qui fondent le plus vite. Mais la tendance générale est la même pour tous, même s’il peut y avoir un contexte local en fonction de leur orientation. D’ici la moitié du XXIe siècle, vers 2050, les glaciers des Pyrénées auront disparu.

Cette disparition est-elle inéluctable ? Les hivers froids peuvent-ils endiguer cette tendance ?

La vie d’un glacier résulte des précipitations de neige en hiver et de la fonte en été. Il est intimement lié au climat et à ses changements. Les événements météo ponctuels et extrêmes, notamment un hiver très froid, ne peuvent pas avoir un impact sur le long terme. Car depuis trente ans, les précipitations sont stables, par contre on enregistre une hausse des températures. Un changement climatique qui est responsable de cette fonte.

Et même si on fait quelque chose, il y a une telle inertie que cela ne se fera ressentir que dans plusieurs décennies.

Quel est l’impact de la fonte des glaciers des Pyrénées sur l’environnement ?

Cela entraîne une perte de biodiversité. On trouve dans les glaciers des espèces microscopiques endémiques, qui sont vouées à disparaître. Si cela a peu d’impact en termes d’hydrologie, par contre cela change beaucoup de choses pour les itinéraires en haute montagne. Les glaciers servent de marchepied pour atteindre des sommets, qui, une fois qu’ils ont disparu, ne sont plus réalisables.