Toulouse: Des universitaires exhument un opéra jamais entendu... et le jouent

INSOLITE Avis aux mélomanes et aux curieux. Jeudi soir, une pépite lyrique jamais entendue résonnera dan la Ville rose : l'«Apollonide» du compositeur belge Franz Servais, dénichée par des chercheurs de l’Université Jean-Jaurès…

Hélène Menal
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Le manuscrit original de l'Apollonide prêté aux universitaires par la famille du musicien.
Le manuscrit original de l'Apollonide prêté aux universitaires par la famille du musicien. — Franz Servais

A la recherche de la partition perdue. Ce pourrait être le sous-titre du petit événement musical que se produira ce jeudi 31 mars à Toulouse. Avec dans le rôle de l’Indiana Jones mélomane, Jean-Marc Luce, archéologue au Laboratoire Patrimoine-Littérature-Histoire (PLH) de l’université Jean-Jaurès. Avec la complicité de la musicologue Malou Haine, il a exhumé l’Apollonide, une œuvre du compositeur belge Franz Servais sur un texte du poète français Leconte de Lisle. Les deux hommes ont mis 20 ans pour écrire cet opéra. Et personne ne peut se targuer de l’avoir entendu, puisqu’il a été joué deux fois seulement en 1899, et en version allemande.

La pythie de Delphes

La version française de ce jeudi est donc absolument inédite. « Vous direz, s’il n’a jamais été joué, c’est peut-être qu’il ne méritait pas d’être connu, anticipe l’archéologue. Mais non, c’est juste parce que Franz Servais est mort deux ans après l’avoir achevé. Tous les musiciens à qui nous avons montré le manuscrit se sont enthousiasmés ». Au point donc d’avoir envie de jouer l’Apollonide.

D’autres mauvais esprits se demanderont quel peut bien être le rapport entre un archéologue et un compositeur belge du XIXe siècle. En fait, Jean-Marc Luce est un spécialiste du site de Delphes, en Grèce. Et l’Apollonide est adapté d’une tragédie d’Euripide. Il raconte comment le jeune Ion, né du viol de la fille du roi d’Athènes par le dieu Apollon, est exilé et élevé par la pythie de Delphes avant, après moult rebondissements, de retrouver sa mère. « Et en plus, ça finit bien », spoile l’archéologue.

Une happy end

Plus sérieusement, le laboratoire PLH ne veut pas se contenter d’une soirée résurrection. Le but ultime est de rééditer le manuscrit original des partitions, prêté par les descendants, pour que l’Apollonide connaisse enfin le destin musical qu’elle mérite.

Et, forcément, cette soirée en l’honneur de l’artiste belge sera dédiée aux victimes des attentats de Bruxelles.