Qui est Farouk Ben Abbes, un des chaînons de la nébuleuse djihadiste, emprisonné à Toulouse?

ATTENTATS A BRUXELLES Ce Belge, placé en détention à Toulouse à la veille des attentats de mardi, refait parler de lui. Un avocat demande son audition sur un attentat survenu au Caire en 2009 qui fait le lien entre lui et le groupe qui a frappé à Paris et Bruxelles…

Béatrice Colin

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Un drapeau et un panneau de l'organisation Etat islamique (EI) près de Kirkuk en Irak, le 11 septembre 2015
Un drapeau et un panneau de l'organisation Etat islamique (EI) près de Kirkuk en Irak, le 11 septembre 2015 — MARWAN IBRAHIM AFP

De l’attentat du Caire en 2009 aux attaques terroristes de Bruxelles mardi, des connexions se font et des noms de la nébuleuse djihadiste franco-belge ressurgissent.

Farouk Ben Abbes, tel qu'il apparaît sur un document que s'est procuré Paris-Match.

Lundi, à la veille des attaques terroristes contre la capitale belge, une vieille connaissance des services de renseignement français, Farouk Ben Abbes, comparaissait devant le tribunal correctionnel de Toulouse pour avoir violé son assignation à résidence à laquelle il était soumis depuis le 17 novembre dernier. Cet homme de 30 ans, inscrit à l' Université Jean-Jaurès en Langues et civilisations étrangères a écopé de trois mois de prison qu’il purge à la maison d’arrêt de Seysses, là où Mohamed Merah fit quelques séjours avant lui. 

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Parmi les connaissances du Belge figure Fabien Clain, l’homme qui a revendiqué les attentats du 13 novembre 2015 et qui est soupçonné d’avoir téléguidé depuis la Syrie, où il vit, le projet d’attentat de Sid Ahmed Ghlam dans une église de Villejuif. Autour de ce converti, condamné dans la filière d’acheminement de djihadiste dite « d’Artigat », convergent de nombreuses personnes liées aux attentats de Paris et de Bruxelles.

Séjours à Gaza

Farouk Ben Abbes aurait connu Fabien Clain en 2004 à Bruxelles. Depuis, leurs chemins se seraient notamment recroisés au Caire fin 2007.

Photo prise à une date et un lieu non identifié de Fabien Clain, a&ssocié à la voix qui a revendiqué au nom du groupe EI l'enregistrement qui a revendiqué les attentats de Paris

C’est là que Farouk Ben Abbes aurait appris à Fabien Clain qu’il voulait partir à Gaza, rejoindre les rangs de « l’armée de l’Islam ».

Ce qu’il aurait fait en février 2008 avec Farid Benladghem. Alors qu’ils participent à leur façon à la cause du Hamas, le frère de Farid, Mohamed, tente de les rejoindre deux mois plus tard.

Le même Mohamed Benladghem qui sera abattu un jour de mars 2013 dans sa voiture par la police belge alors qu’il tente de s’enfuir. Chez lui, les enquêteurs retrouveront tout un arsenal qu’il dédiait à un projet d’attentat terroriste.

Arrêté dans le cadre de l’attentat du Caire en 2009

Farouk Ben Abbes connaîtra ses premiers vrais soucis fin avril 2009, lorsqu’il a tenté de passer la frontière de Gaza vers l’Egypte.

Il est arrêté dans le cadre de l’enquête sur l’attentat du Caire, qui a eu lieu deux mois plus tôt et a tué une jeune Française de 17 ans, Cécile Vannier. Sur lui, les autorités egyptiennes indiqueront qu’elles ont retrouvé une clé USB au nom d’Abbou Khattab, le responsable de l’armée de l’Islam relate Paris-Match dans une enquête récente. Elle contiendrait notamment un descriptif détaillé pour réaliser des explosifs. Plus tard, lorsqu’il est interrogé par les services de renseignement français, Farouk Ben Abbes indiquera qu’il s’agit d’une manipulation des policiers égyptiens.

Un dossier lié à la tuerie du Bataclan

Ce vendredi, dans une interview accordée à France Inter, Me Olivier Morice, l’avocat des parents de Cécile Vannier a demandé que Farouk Ben Abbes soit entendu. Avec les autres victimes de l’attentat du Caire, il avait récemment demandé que leur dossier, clos en 2012, soit versé à celui qui concerne les attentats du 13 novembre contre le Bataclan.

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La salle de spectacle parisienne apparaît dans le dossier de Farouk Ben Abbes dès 2009.

Selon Dude Hoxha, une Française d’origine albanaise, un Belge envisageait de commettre un attentat au Bataclan. La jeune femme fait partie des sept personnes arrêtées dans le cadre de l’attentat du Caire, comme Mohamed Dahmani, dont le frère Ahmed est un grand ami de… Salah Abdelslam.

Ont été aussi arrêté dans ce dossier Chakir El Khattabi, qui a téléphoné à de nombreuses reprises à un certain Najim Laachraoui. Laachraoui est aujourd’hui désigné comme l’un des kamikazes de l’aéroport de Bruxellles et l’artificier des attentats du 13 novembre.

Toujours inquiété, jamais condamné

Dans le journal qu’elle tient en prison, Dude Hoxha aurait affirmé qu'un Belge projetait de « faire exploser le Bataclan » selon une information de LCI.

Une information transmise au parquet antiterroriste de Paris, qui ouvrira dès 2009 une enquête pour « association de malfaiteurs en vue de préparer des actes terroristes ». Cela vaudra à Farouk Ben Abbes d’être arrêté un an plus tard, car faute d’avoir pu réunir des éléments l’impliquant dans l’attentat du Caire, les autorités égyptiennes l’ont renvoyé en Belgique en mars 2010.

Ben Abbes est finalement libéré et bénéficie d’un non-lieu en 2012 dans l’affaire du projet d’attentat contre le Bataclan. Il reste mis en examen pour propagande djihadiste sur le site Ansar Al Haqq, dont l’administrateur a été condamné à quatre ans de prison pour un projet d’attentat. Depuis, ce dernier est parti en Syrie avec Fabien Clain.

Désormais «auto-entrepreneur» à Toulouse

Après avoir été « auto-entrepreneur » à Paris, comme il l’a indiqué lors de son procès le 21 mars, Farouk Ben Abbes est venu s’installer avec sa future femme, une étudiante en Master, dans le quartier toulousain du Mirail. Là où la nébuleuse djihadiste emmenée par Fabien Clain a démarré son histoire.

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