Pourquoi Abdelkader Merah, le frère du «tueur au scooter», va se retrouver aux assises

JUSTICE Abdelkader Merah sera jugé aux assises pour « complicité d’assassinats terroristes » dans les tueries perpétrées par son frère il y a quatre ans à Toulouse et Montauban…

H.M. avec AFP
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Arrivée d'Abdelkader Merah dans les locaux de la police anti-terroriste à Levallois-Perret près de Paris, le 24 mars 2012
Arrivée d'Abdelkader Merah dans les locaux de la police anti-terroriste à Levallois-Perret près de Paris, le 24 mars 2012 — Kenzo Tribouillard AFP

Tombé sous les balles du Raid après 32 heures de siège, Mohamed Merah ne répondra jamais des effroyables tueries qu’il a perpétrées du 11 au 19 mars 2012 à Toulouse et Montauban. Mais dans ce dossier, son frère aîné Abdelkader vient d’être renvoyé devant la cour d’assises spéciale pour « complicité d’assassinats terroristes ».

Retour sur un cauchemar

En onze jours Mohamed Merah, un jeune originaire du quartier des Izards connu pour des faits de petite délinquance a semé la terreur dans la région toulousaine en tuant froidement sept personnes. Le militaire Imad Ibn-Ziaten d’abord le 11 mars dans la Ville rose. Le 15 mars, il ouvre le feu sur un groupe de militaires devant la caserne de Montauban. Le caporal Abel Chennouf et le 1re classe Mohamed Legouad tombent sous les balles, leur camarade Loïc Liber est grièvement blessé. Le 19 mars, le djihadiste, qui se revendiquera d’Al-Qaïda, cible l’école juive Ozar Hatorah de Toulouse. Il y exécute un professeur Jonathan Sandler et ses deux enfants, Gabriel et Arié, et la petite Myriam Monsonégo.

Qui est Abdelkader Merah ?

(FILES) This handout photo taken on March 25, 2012 shows a tv grab from French TV channel M6 of Abdelkader Merah, the older brother of the Toulouse gunman Mohamed Merah.Four years after the killings by Mohamed Merah that plunged France into a new era of bloody Jihadism, the case of his brother Abdelkader has been referred to a special appeal court for complicity in killings in Toulouse and Montauban, judicial sources told AFP on March 16, 2016. / AFP PHOTO / M6 / Handout

Abdelkader Merah est l’aîné de Mohamed et l’avant dernier de la fratrie. Aujourd’hui âgé de 33 ans, il a toujours été considéré comme l’idéologue de la famille, notamment en raison de sa formation à l’islam radical dans une école coranique égyptienne. C’est notamment lui qui amené son petit frère à Artigat, en Ariège, chez Olivier Corel, surnommé « l’Emir Blanc ». Outre Mohamed Merah, cette maison perchée sur des coteaux a vu passé les djihadistes français les plus « connus » : de Sabri Essid, demi-frère par alliance des Merah, et identifié sur une vidéo de Daesh mettant en scène un enfant bourreau, à Fabien Clain, le Toulousain dont la voix a été authentifiée dans la revendication audio des attaques du 13 novembre 2015, à Paris.

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Abdelkader Merah a été incarcéré dans la foulée des tueries de son frère. Il a entretenu son discours radical en prison, de sorte qu’il a passé les trois des quatre dernières années à l’isolement. Des éléments, notamment des documents en rapport avec le djihad retrouvés dans sa maison de la petite commune d’Auterive, à une quarantaine de kilomètres de Toulouse, ont poussé les enquêteurs à se demander s’il ne préparait pas, lui aussi, des attentats de son côté.

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Que lui reproche-t-on exactement ?

Abdelkader Merah a toujours nié, sans varier, avoir aidé son frère à préparer ses crimes. Mais, selon le parquet de Paris « il apparaît comme un élément central et moteur des actions mortifères ». Les juges d’instruction antiterroristes lui reprochent aussi concrètement d’avoir été présent lors du vol du fameux scooter qui a servi à la chevauchée sanglante.

Qui d’autre est mis en cause ?

Abdelkader Merah ne sera pas seul dans le box de la cour d’assises spéciale. Il sera accompagné de Fettah Malki renvoyé pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste, recel, vol et détention d’armes ». Il est accusé d’avoir fourni au tueur son pistolet-mitrailleur Uzzi et son gilet pare-balles. Son avocat, Christian Etelin, récuse toute complicité avec les assassinats et parle « d’une relation de voyous de quartiers ».

Pourquoi une cour d’assises spéciale ?

La cour d’assises spéciale est compétente pour les crimes terroristes, les crimes de haute trahison et les crimes en bande organisée. Sans jury populaire, elle est composée de sept magistrats en première instance et de neuf magistrats en appel.

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