Toulouse: Quand de jeunes Roms font leur service civique et balaient les préjugés

SOCIETE Avec « Melting Potes », dix jeunes Roms et dix Français, font leur service civique ensemble en envoyant valser préjugés…

Helene Menal

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Une partie des Melting Potes. De gauche à droite; Léonard, Ana-Maria, Ninah, Céline, Ximun et Tibério
Une partie des Melting Potes. De gauche à droite; Léonard, Ana-Maria, Ninah, Céline, Ximun et Tibério — H. Menal - 20 Minutes

Quel point commun peut-il bien y avoir entre Ximun, l’élève ingénieur basque et Léonard, un Rom de 18 ans qui vit retranché dans un camp de fortune et mendiait à son arrivée à Toulouse ?

D’abord, ils avaient tous les deux des préjugés. Ximun confondait Roms et gens du voyage. Léonard était persuadé que tous les Français « détestaient » ses semblables.

« Une véritable tour de Babel »

Surtout, les voilà pour six mois sur le même bateau, dans l’équipe des « Melting potes », un service civique innovant mis sur pied par l’association Unis-Cité. Ils sont 20 en tout, dix Roms et dix Français et seront reçus ce mercredi soir en mairie pour une cérémonie symbolique. Au-delà de couper court aux clichés, l’idée du programme est « de favoriser l’intégration par le brassage », explique Stéphane Quéméneur, qui coordonne « cette véritable Tour de Babel ».

Léonard, un Rom de 18 ans, arrivé en France il y a 9 ans. Il parle français et romani.
- H. Menal - 20 Minutes

On y parle franglais, ou seulement romani pour les uns, roumain et même espagnol pour d’autres. Mais peu importe, pas besoin de longs discours pour faire pousser des légumes dans le jardin partagé de l’association étudiante Veracruz, sur le campus de Rangueil, ou pour aller donner un coup de main à Emmaüs et aux Restos du cœur.

Cours de français accélérés

Français et Roms ne passent pas toutes leurs journées ensemble. Car pour les seconds, la mission comprend aussi 132 heures « d’école de français » comme dit Tibério. Malgré six ans passés ici à aider sa famille dans le ferraillage, le jeune homme part de très loin dans ce domaine, ce qui en dit long sur l’isolement des communautés roms.

>> Lire aussi : Happening de Roms à Paris pour dénoncer les clichés

Pour Léonard qui a été scolarisé et prend très à cœur son rôle de traducteur, ce sera l’occasion de travailler l’écrit. Car, pour l’instant, c’est Stéphane qui lui lit les textos de la banque où il tente depuis plus d’un mois d’ouvrir un compte.

Les volontaires n’ont que quelques semaines de vie commune. Céline et Ninah, deux Toulousaines en rupture scolaire, restent étonnées de « l’esprit de groupe » des Roms. Et Ximun ne semble pas regretter d’avoir préféré cette expérience à un stage d’études à l’étranger.

Ana-Maria, une Rom de 21 ans qui vit dans le camp de Montaudran à Toulouse.
- H. Menal - 20 Minutes

Quant à Ana-Maria, elle attend avec impatience le démarrage de l’atelier Carnaval. Le char qu’elle va contribuer à décorer sera garé dans la grande halle flambant neuve de Montaudran. Juste en face du camp où vit sa famille au bord de la rocade.