A Artigat, le village de «l'émir blanc», les habitants sont blasés et un peu honteux

REPORTAGE Les habitants côtoient deux Olivier Corel depuis presque 30 ans. Le voisin discret mais cordial, et l’imam inquiétant qui se rappelle à eux à chaque tuerie terroriste…

Hélène Menal

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La maison d'Olivier Corel dans le hameau des Lanes, sur les coteaux d'Artigat.
La maison d'Olivier Corel dans le hameau des Lanes, sur les coteaux d'Artigat. — H. Menal - 20 Minutes

« Sûr que si c’était Elton John, la publicité serait meilleure », lâche un habitant d’Artigat au coin du zinc, au lendemain de l’impressionnant déploiement de forces de l’ordre qui a paralysé le village ariégeois. Mais Olivier Corel n’est pas une célébrité dont on se gargarise. Quand son nom ressurgit dans l’actualité, c’est que le pire est arrivé.

Cordial mais encombrant

Le Syrien, installé sur les coteaux du petit bourg depuis 1986, a côtoyé Mohamed Merah, le tueur au scooter, et Fabien Clain, l’homme qui parle dans la revendication audio des attaques du 13 novembre à Paris. « A cause d’Olivier, on relie dans le monde entier ces événements à Artigat », se désole Françoise*, qui fait une promenade pluvieuse non loin du hameau des Lanes où vit celui qu’on appelle « l’émir blanc ». Elle l’appelle par son prénom, parce qu’elle le connaît « depuis des décennies ».

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D’ailleurs, au fond, elle n’a rien à redire sur le comportement de cet habitant « cordial, qui dit toujours bonjour ». Pourtant, Françoise se demande comment cet homme peut encore vivre au village. « Les autorités ont depuis toujours sous-estimé le problème. Ce qu’il faudrait c’est qu’il disparaisse du paysage », dit-elle, sans animosité mais fermement.

« Que voulez-vous, c’est comme ça. Dès qu’il y a un attentat, on passe à la télé et la cavalerie vient le chercher. Et après, il revient. »

Il revient toujours

Et beaucoup à Artigat sont comme elle. Ils réprouvent, fatalistes, mais ils n’ont pas d’histoires horribles à raconter sur lui. Ils ne peuvent même pas dire qu’il se terre chez lui.

« La dernière fois que je l’ai vu, j’étais à la pêche et il se promenait tranquillement, avec sa grande barbe mais habillé comme vous et moi ». L’agriculteur qui lui a fait du foin pour ses trois chevaux « pas plus tard que le 10 novembre » est toujours payé pour ses services.

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Depuis mardi, au bar-restaurant du bord de la route, le patron ne compte plus le nombre de fois où il a dû pointer la direction du hameau des Lanes dans un geste vague. Il préfère nettement qu’on lui demande de montrer la maison de Martin Guerre, célèbre pour de bien meilleures raisons. « Mais que voulez-vous, c’est comme ça. Dès qu’il y a un attentat, on passe à la télé et la cavalerie vient le chercher. Et après, il revient. »

Effectivement. Une heure après, Olivier Corel sortait libre du palais de justice de Foix. Condamné à six mois avec sursis pour détention d’un fusil de chasse non déclaré, il pouvait reprendre la route d’Artigat.

* Le prénom a été changé