Robot Philae: Les cinq choses à retenir de son année passée sur la comète «Tchouri»

SCIENCES Prouesses techniques, la mission Rosetta et son robot Philae ont apporté cette année leur lot de découvertes scientifiques…

Beatrice Colin

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Vue en image de synthèse de l'atterrisseur Philae.
Vue en image de synthèse de l'atterrisseur Philae. — ESA/ATG medialab

Le 12 novembre 2014, le robot Philae rebondissait sur la comète 67P/Tchourioumov-Guérassimenko, plus de dix ans après avoir quitté le plancher des vaches à bord de la sonde spatiale européenne Rosetta. Un an après son atterrissage mouvementé, ses instruments ont livré des données précieuses aux scientifiques au gré de ses réveils sporadiques.

Philae pourrait reprendre contact dans les prochains jours

Jeudi, Philae soufflera sa première bougie sur Tchouri. Une bonne date pour reprendre contact avec Rosetta, à qui il n’a plus donné signe de vie depuis le 9 juillet. C’est en tout cas l’espoir des membres du Centre d’opérations scientifiques et de navigation (SONC), au CNES à Toulouse.


« Nous sommes optimistes, Rosetta se rapproche à moins de 200 km d’altitude de la comète, une distance où la communication avec Philae peut avoir lieu. Maintenant, il ne faut pas qu’il soit endommagé, qu’il n’ait pas bougé lors du dégazage de la comète ou que ses panneaux solaires ne soient pas recouverts de poussière », liste Philippe Gaudon, chef de projet de la mission Rosetta pour le CNES.

Une année en dent de scie

L’année n’aura pas été de tout repos pour ceux qui veillent derrière les écrans. Après 60 heures de travail intenses durant les deux jours qui ont suivi son arrivée sur Tchouri, Philae est tombé dans une longue phase d’hibernation faut d’énergie.

Le 13 juin au soir, c’est Philippe Gaudon qui va entendre les premiers gazouillements de retour à la vie de Philae. Le petit robot a finalement réussi à passer l’hiver rigoureux.

Six jours plus tard, une communication longue de 19 minutes avec Rosetta lui avait permis de transmettre un nombre important de données. Selon ce responsable, si Philae n’a pas de problèmes techniques, il devrait avoir assez d’énergie pour être en train de se gérer automatiquement et poursuivre sa vie au moins jusqu’à la fin de l’année. Reste à reprendre contact.

Des découvertes scientifiques majeures

En se posant sur Tchouri, Philae a réalisé une première dans l’histoire de l’exploration du système solaire, ce qui est déjà un exploit en soi. Grâce à son instrument Cosac, il a pu détecter des molécules organiques complexes qui pourraient être à l’origine de la vie. « Ce résultat est important car c’était l’un des objectifs primordiaux de la mission », plaide Phillipe Gaudon.

Mais l’une des grandes surprises pour les scientifiques est venue de Rosina. Cet instrument a reniflé de l’oxygène, et ça, ce n’était pas vraiment prévu. Sa présence remet en cause les théories sur la naissance du système solaire et fait cogiter les astrophysiciens qui mettront certainement plusieurs années à s’accorder sur la bonne réponse.

>> A lire aussi : Mission Rosetta, trois hypothèses pour expliquer l’oxygène de Tchouri

Par contre, lorsque les comètes sont venues frapper la Terre et ont participé à la formation des océans grâce à leur eau, elles ont peut-être apporté dans leurs bagages cet oxygène là.

Philae a encore des missions à remplir

Si Philae donne à nouveau de ses nouvelles, les techniciens sont prêts à dégainer. En premier, ils lui feront faire des mesures simples de température, d’électron puis lui feront utiliser son microscope pour voir si de la poussière ne s’est pas déposée à l’intérieur même du robot. Et ainsi les analyser.

Puis, ce sont les caméras Civa et Rolis qui entreront en action pour voir si le petit robot a bougé. « Après on tentera un forage, on espère dans le sol et pas dans le vide comme la dernière fois », indique le responsable de la mission Rosetta au Cnes. Et s’il réussit à récupérer un peu du noyau de la comète, cela permettra d’en savoir plus sur le matériau organique carboné détecté à sa surface.

Il reste en tout cas assez de données à exploiter pour tenir les scientifiques en haleine plusieurs années.

Philae a reconquis l’espace médiatique

Même le chien du Président Hollande porte son nom. L’atterrissage de Philae a tenu en haleine le monde entier, passionné les grands et les petits. « C’est peut-être parce que la comète a toujours été présente dans la vie des gens pendant des siècles, qu’elle a fait peur », avance Philippe Gaudon.

Le fait de pouvoir livrer quasiment en direct des images prises à des millions de kilomètres a dû avoir aussi un impact. Une prouesse technique que l’on retrouve aussi dans l’exploration de Mars par le Rover Curiosity. Un retour pour la conquête spatiale qui se retrouve aussi sur grand écran avec le succès d’Interstellar, Gravity ou Seul sur Mars.