L'énigme de la formation des gisements d'or a trouvé sa réponse à Toulouse

SCIENCES Grâce à la découverte d’un fluide, ces chimistes et géologues peuvent expliquer comment le minerai circule sous terre pour former des amas à certains endroits…

Béatrice Colin

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Illustration de pépites d'or d'un gisement en Guyane.
Illustration de pépites d'or d'un gisement en Guyane. — NICOLAS JOSE SIPA

On le retrouve dans la Bible, chez les Incas et il suscita de fols espoirs lors de la conquête de l’Ouest américain. De tout temps, l’or a été convoité par l’Homme, toujours à la recherche du bon filon.

Ils sont des millions à avoir gratté la terre sans jamais avoir pu trouver le moindre gisement, ni savoir pourquoi, quand il tombait dessus, pourquoi il se trouvait là et pas ailleurs. Depuis peu, des scientifiques toulousains ont trouvé la clé pour expliquer leur formation.

« C’est le métal le plus inerte qui soit »

« Sous nos pieds, nous avons de l’or, un milligramme par tonne, impossible à extraire avec les moyens actuels pour que ce soit rentable. Il faut un gramme par tonne pour que cela devienne un gisement. Or, c’est le métal le plus inerte qui soit et le processus de concentration a toujours été difficile à comprendre, car il n’est pas transportable par les fluides géologiques présents dans la croûte terrestre », rappelle Gleb Pokrovski, directeur de recherche CNRS au laboratoire Géosciences environnement, l’un des quatre à avoir participé à ces recherches.

Les qualités de l’ion trisulfure

Ça, c’était avant leur découverte en laboratoire, « presque par hasard », d’une forme de soufre appelée l’ion trisulfure.

Ce S3 (-), son symbole chimique, transporte et dépose l’or lorsqu’il se retrouve dans des conditions identiques à celles de la croûte terrestre, à savoir de 300° à 800 °C et une pression atmosphérique comparable à celle rencontrées à 7 km de profondeur.

« Encore un long chemin »

Les chimistes ont ainsi réussi sur leur paillasse à améliorer la solubilité de l’or grâce à ce fluide, bien plus efficace que ceux utilisés aujourd’hui sur le plancher des vaches par les compagnies minières. « Mais d’ici à trouver des applications, il y a encore un long chemin. Pour extraire ce minerai, il est difficile de faire des cocottes-minute à ciel ouvert », prévient Gleb Pokrovski.

Pour ce chercheur, cette découverte permet tout de même de penser qu’il « y a plus de gisements que l’on ne pense », rappelant que seulement 1/10 millionième de l’or qui se trouve sous la terre est exploité.