Toulouse: Quand les chauffards font pénitence

SOCIETE A Seysses, les détenus condamnés pour délit routier suivent un programme original de prévention de la récidive…  

Hélène Menal

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Deux détenus écoutent le témoignage d'un père de victime.
Deux détenus écoutent le témoignage d'un père de victime. — H. Ménal - 20 Minutes

Habib* a 29 ans. Il purge à la Maison d’arrêt de Seysses une peine de trois ans de prison, dont un avec sursis. Sa vie a basculé sur une route du Gers. « On était cinq, je conduisais, raconte-t-il. J’ai voulu éviter une biche. Mes deux cousins germains sont morts. Moi, je n’ai rien eu ». En déroulant la pelote, il concède aussi qu’il était interdit de séjour dans ce département pour des délits antérieurs.

Clairement traumatisé, ce jeune, plutôt bavard, a rejoint il y a deux semaines le Quartier courtes peines du centre pénitentiaire. Sur la base du volontariat, il y suit un programme de prévention de la récidive (PPR) dans un groupe de délinquants routiers au profil similaire. Il y a Boris* et David*, des conducteurs sans permis multirécidivistes, et Sabri* qui a réussi « l’exploit » de commettre un délit de fuite le jour de son permis.

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De groupes de paroles en séances collectives avec le psy, en passant par des rencontres avec des familles de victimes et même un anthropologue, ces jeunes ont dix semaines pour reconnaître leur faute, comprendre les racines de leur prise de risque et « élaborer des stratégies d’évitement ».

41 morts depuis le début de l’année

Mais pour eux mercredi, le programme était un peu condensé. Ils ont reçu la visite du préfet, Pascal Mailhos, venu avec le procureur de la République, Pierre-Yves Couilleau, « voir comment on passe de l’émotion des films de prévention routière à l’action sur le terrain ».

Du coup, Habib et ses camarades ont eu droit à tout. Au choc des chiffres d’abord : 41 morts sur les routes de la Haute-Garonne cette année mais aussi, par extrapolation, 36 blessés qui auront des séquelles. « Parce qu’on meurt sur les routes mais aussi on survit sur les routes, et plutôt mal », leur a glissé un père de victime.

Peu de récidives

Un dialogue s’est instauré avec « les autorités » qui laissera probablement des traces. Il n’y a pas eu de reproche, pas de deuxième jugement. Plutôt même des encouragements.

« On a besoin de vous. Vous pouvez produire autre chose que des dégâts », a lancé le procureur de la République persuadé que « quand on touche à la fois le cœur et le cerveau, on a des résultats ». Ceux des programmes du quartier courtes peines de Seysses, où 2.000 détenus son passés depuis 2009 sont plutôt empiriques. « Il est rare de retrouver des participants de retour à l’écrou à la maison d’arrêt », assure la direction.

* Tous les prénoms ont été changés