Pyrénées: Il y a un lézard, la station de ski renonce à ses travaux

INSOLITE La station du Grand Tourmalet a déplacé des lézards de Bonnal, espèce menacée, sans attendre l’autorisation préfectorale...

Helene Menal

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Une femelle lézard de Bonnal, dans les Hautes-Pyrénées.
Une femelle lézard de Bonnal, dans les Hautes-Pyrénées. — Gilles Pottier - Nature Midi-Pyrénées

Dans cette histoire, il n’y a pas mort d’homme ni même de reptile. Mais elle illustre assez bien le bras de fer qui oppose souvent les promoteurs des domaines skiables aux défenseurs de l’environnement.

Tout commence quand le domaine Grand Tourmalet Barèges-La Mongie décide de poursuivre cette année l’élargissement de sa piste « Panoramic », à plus de 2000 mètres d’altitude. Mais il y a un lézard. Un lézard de Bonnal plus précisément, une espèce menacée qui vit exclusivement à haute altitude dans les Pyrénées. Sensibilisée au sujet, la station fait d’abord tout dans les règles. Elle dépose une demande en préfecture pour déplacer ses lézards avant le démarrage des travaux. Le sésame finit par être délivré le 24 septembre.

Appliqués mais trop pressés

Gros hic : la fédération France Nature Environnement (FNE), qui veille au grain, s’aperçoit que l’opération déménagement des lézards a été menée le 16 septembre, soit huit jours avant l’autorisation officielle. Devant cette « violation de la procédure », les défenseurs de l’environnement alertent la préfète des Hautes-Pyrénées. Cette dernière saisit le procureur de la République qui ouvre une enquête.

 

Le domaine skiable du Grand Tourmalet, près du Pic du Midi, et la piste concernée. - N’PY

 

« J’ai effectivement été auditionné », indique Henri Mauhourat, le directeur de la station. « Nous avons déplacé d’une centaine de mètres une quarantaine de lézards sans attendre ce bout de papier, mais nous l’avons fait dans les règles de l’art, plaide-t-il, car quatre de nos agents ont été formés par un spécialiste ». Le responsable reconnaît qu’il aurait dû attendre mais évoque un facteur météo : « Il faisait beau, c’était un moment propice pour attraper les lézards qui se prélassaient au soleil. Le temps allait se gâter et l’opération aurait été impossible plus tard »…

Report à la saison prochaine

Mais devant le pataquès occasionné, les travaux n’ont pas démarré et il est désormais trop tard pour les engager à si haute altitude. « Nous les ferons l’année prochaine et c’est bien dommage pour l’entreprise qui avait trouvé un mois de travail », ajoute Henri Mauhourat.

Quant aux skieurs qui s’attendaient à trouver un boulevard en haut de la piste Panoramic, ils devront patienter jusqu’à la saison prochaine.