Jean-Luc Moudenc (Les Républicains) : «Il ne doit pas y avoir de discrimination dans l'accueil des réfugiés»

SOCIETE Au nom des maires des grandes villes, celui de Toulouse, Jean-Luc Moudenc (LR), demande que les spécificités des communes soient prises en compte dans le dispositif d’accueil…

Beatrice Colin

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Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse (LR) et président de l'Association des maires de grandes villes de France
Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse (LR) et président de l'Association des maires de grandes villes de France — F. Lancelot / SIPA

Après les initiatives prises par plusieurs élus, Jean-Luc Moudenc (LR), le président de l’Association des maires de grandes villes de France (AMGVF) et maire de Toulouse, a réuni ce mercredi ses collègues édiles. Il donne leur position commune sur la crise migratoire que traverse l’Europe, dans l’attente de directives du gouvernement, ce samedi.

Quelle position commune avez-vous pris au nom des maires des grandes villes de France sur l’accueil des réfugiés ?

Nous pouvons prendre part à l’accueil, mais à un certain nombre de conditions et dans le cadre du plan national qui doit être élaboré par l’Etat, que ce soit au niveau de l’accueil des 24.000 réfugiés, de leur accompagnement dans la durée et des moyens alloués pour le faire.

 

Il y a deux principes auxquels nous sommes attachés : L’Etat doit prendre en compte les spécificités de chaque commune, certaines ont leurs places d’accueil saturées, d’autres pas.

Et l’engagement des maires doit être volontaire. Samedi, le ministre va donner des informations, notamment sur les moyens alloués. A l’Etat de dire ce qu’il faut faire, je ne serais pas responsable si je prenais cette décision sans filet. Il faut savoir où l’on accueille, comment on organise la réinsertion.

A Toulouse, seriez-vous prêts à vous porter volontaire ?

Si les moyens sont alloués, je me vois mal refuser. Mais nous cumulons des problèmes sur la question du logement. Nous avons 25.000 dossiers de demandes de logement social sur la Métropole. Imaginez ce que pourraient ressentir ceux qui attendent depuis longtemps si on reculait leur demande pour faire passer quelqu’un qui vient d’arriver. Il y a aussi tous ceux qui se trouvent dans des hébergements d’urgence, ce sont des concitoyens. Est-ce qu’on les relègue ? Et nous avons aussi la population Rom, installée de manière indigne, qui vit dans des conditions déplorables et pour laquelle nous ne sommes pas arrivés à résorber les campements. Si on doit rajouter une quatrième problématique, il faut faire attention.

Martine Aubry : « Lille est prête à accueillir une centaine de réfugiés »

Certaines grandes villes, comme Lille, ont déjà fait savoir qu’elles se portaient volontaires. Martine Aubry avait cette possibilité et déjà identifié des places, mais le maire de Roubaix, par exemple, a dit qu’il ne pouvait pas. Il faut être pragmatique. Seul l’Etat est capable d’avoir une vision objective, à lui d’élaborer un plan.

Serez-vous facilitateur avec les citoyens qui veulent accueillir des réfugiés chez eux ?

Il y a un élan de générosité qui fait chaud au cœur. Nous avons le devoir d’être facilitateur, mais aussi celui de poser les bonnes questions. Accueillir 15 jours ou un mois, oui, mais après, qu’est-ce qu’on fait de la famille, il faut un accompagnement durable et à ce moment-là la vague médiatique sera passée. Il faut voir au-delà de l’émotion.

Que pensez-vous de ces maires qui ont indiqué qu’ils n’accueilleraient que des réfugiés chrétiens ?

Il ne doit pas y avoir de discrimination sur le territoire de la République. Je dois dire à titre personnel que je ne vois pas de mal à porter une attention aux Chrétiens d’Orient qui ont été persécutés ces dernières années, mais de là à faire de la discrimination, c’est un pas que nous ne franchissons pas.