Aveyron: 40 ans après, les habitants du Larzac reprennent la lutte

SOCIETE Une première mobilisation a lieu ce samedi contre l’arrivée des légionnaires sur le camp militaire, mais sans l’appui du leader altermondialiste José Bové…

Beatrice Colin

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Lors d'un entrainement militaire, sur le plateau du Larzac.
Lors d'un entrainement militaire, sur le plateau du Larzac. — ERIC CABANIS / AFP

Au milieu des vivats saluant l’arrivée de la 13e demi-brigade de la Légion étrangère (DBLE) sur le plateau du Larzac, des voix dissonantes tentent de percer. Les mêmes qui, il y a 40 ans, ont mené le combat contre l’extension du camp militaire sur le causse aveyronnais.

Aveyron : Le camp du Larzac va voir débarquer un millier de légionnaires

Sous le même slogan que dans les années soixante-dix, « Gardem lo Larzac ! », un collectif de paysans, d’habitants et de citoyens opposés à la densification du camp appelle à un rassemblement citoyen samedi matin, devant la sous-préfecture de Millau.

« Il y a deux ans, on nous a dit que le camp allait fermer et là, sans concertation avec la population, on apprend qu’on va avoir des légionnaires. Nous, nous préférons un avenir agronomique ou touristique pour le Larzac, sans l’armée. Nous ne voulons pas que la lutte que nous avons menée il y a quarante ans n’ait servi à rien », peste Christine Thelen, une agricultrice du plateau dont l’exploitation se situe à 500 mètres du camp.

Arrivée en 77 pour participer au mouvement de désobéissance civile, cette antimilitariste imagine aujourd’hui un autre avenir pour le camp, et émet l’idée d’y accueillir des migrants.

 

Un « non-événement » pour l’altermondialiste José Bové

Si le collectif peut d’ores et déjà compter sur le soutien de plusieurs dizaines de personnes, il devra faire sans celui qui a incarné ces dernières années l’altermondialisme politique et fut l’un des acteurs de la lutte contre l’extension du camp : José Bové.

Le député européen EELV voit dans l’annonce faite le 31 juillet par le gouvernement « un non-événement ». « Il y avait déjà un régiment sur le camp, il va être remplacé par un autre, c’est juste un changement de locataire, quant à la densification, on n’en sait rien, personne ne peut dire s’il y aura plus de monde qu’il y en avait », tranche le chantre de la désobéissance civile.

"Il y avait déjà un régiment sur le camp, il va être remplacé par un autre, c’est juste un changement de locataire", José Bové

Pour José Bové, on est loin du combat mené il y a quarante ans. « On s’est battu contre l’extension du camp, quand François Mitterrand a mis fin au projet, personne n’a demandé sa fermeture, quand en 1985 le Centre d’entraînement de l’infanterie au tir opérationnel s’est installé sur le camp, il n’y a pas eu de mobilisation contre. Il faut relativiser ».

Ses anciens compagnons de lutte espèrent de leurs côtés que l’Etat fera machine arrière et ont publié une lettre ouverte à François Hollande.