Mohamed Benalel Merah
Mohamed Benalel Merah — NEW PRESS / SIPA

JUSTICE

La DGSE a-t-elle acheté le silence du père de Merah ?

C'est du moins ce que soupçonne Albert Chennouf-Meyer, le père d'une des victimes du Tueur au scooter. Décrytage de ce volet, souvent rocambolesque, de l'affaire Merah...

Théorie du complot ou soupçon étayé ? Albert Chennouf-Meyer, le père d’Abel Chennouf, un des militaires tués à Montauban par Mohamed Merah, soupçonne les services secrets français d’avoir monnayé des vidéos détenues par le père du Tueur au scooter.

Le Gardois a réactivé en février une plainte contre les services secrets déjà déposée en 2012. Et ce mardi matin, il était entendu par les gendarmes sur ce volet de l’affaire. Voici les élèments de ce dossier relancé par le retour puis l’expulsion de Merah père.

1 - D’où viennent ces fameuses vidéos ?

C’est Mohamed Benalel Merah, le père du terroriste qui a le premier évoqué ces vidéos depuis l’Algérie où il était installé. Il a affirmé les avoir reçues de son fils, indiquant qu’elles dataient du siège de l’appartement du tueur par le RAID.

Selon des retranscriptions publiées dans un journal algérien, elles tendraient à prouver des liens antérieurs aux meurtres entre Mohamed Merah et la DGSI. Dans une mise en scène bien rodée, Zahia Moktari, l’ex-avocate algérienne du père Merah, avait promis de venir à Paris le 12 juillet 2012 pour remettre les vidéos à la justice française. Elle ne l’a jamais fait.

2 - Pourquoi Albert Chennouf-Meyer pense que le père Merah détient des informations ?

Persuadé qu’il y a eu des failles dans la surveillance du futur tueur, Albert Chennouf-Meyer n’a jamais été tendre avec les services secrets français. Sa première plainte contre la DGSE date du 7 mai 2012, moins de deux mois après l’assassinat de son fils. Mais fin 2012, un événement va apporter de l’eau à son moulin. « Il était en voyage en Algérie pour les fêtes de fin d’année. Deux inconnus se présentant comme liés aux services secrets algériens l’abordent dans un restaurant et lui disent qu’il ne connaîtra jamais la vérité car les vidéos ont été achetées par la DGSE au père de Merah », détaillent Béatrice Dubreuil et Frédéric Picard, les avocats d’Albert Chennouf-Meyer. De retour en France, ce dernier raconte son étrange rencontre au juge d’instruction. Sans suite.

3 - En quoi le passage en France du père a-t-il relancé l’affaire ?

Mohamed Benalel Merah a été expulsé de France le vendredi 5 juin, trois heures après avoir été interpellé par les gendarmes, à Cornebarrieu, près du cimetière où son fils a été inhumé. L’homme était revenu à Toulouse en février pour tenter de faire renouveler son titre de séjour. La préfecture n’y a pas consenti.

Une semaine avant l’expulsion, Albert Chennouf-Meyer a remué ciel et terre pour que l’Algérien soit interrogé. Ses avocats dénoncent désormais le traitement express de l’expulsion. « C’est une occasion magnifiquement loupée d’éclaircir la situation », dit Frédéric Picard. « On voudrait alimenter la théorie du complot qu’on ne s’y prendrait pas autrement », ajoute Béatrice Dubreuil.

Le père de Mohamed Merah expulsé vers l’Algérie

Une source proche de l’enquête assure toutefois que le père Merah a effectivement été entendu par la police judiciaire en février 2015, dès que sa présence sur le sol français a été connue.

4 -Et après ?

Est-ce pour l’apaiser après ses spectaculaires sorties médiatiques ? Le fait est qu’Albert Chennouf-Meyer était convoqué ce mardi à 9 h 30 par les gendarmes de la brigade de recherches de Nîmes, en lien avec sa plainte contre les services secrets. « Nous demandons, enfin, l’ouverture d’une information judiciaire sur ce volet », indiquent ses avocats après ce nouveau rebondissement.