Toulouse: Petit délinquant influençable, il sacrifie sa vie pour le djihad

PORTRAIT Kevin Chassin, un Toulousain de 25 ans, est mort vendredi en perpétrant une attaque suicide en Irak. Son demi-frère Brice lève le voile sur un jeune homme ordinaire mais paumé et crédule…

H.M. avec AFP

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Le Toulousain Kevin Chassin, dit Abu Maryam, serait mort vendredi en Irak.
Le Toulousain Kevin Chassin, dit Abu Maryam, serait mort vendredi en Irak. — Twitter

« Je t’aime, bisous ». Voilà ce que disait dernier message que le Toulousain Kevin Chassin, alias Abou Maryam al-Firansi, 25 ans, a envoyé à son petit frère Brice, une heure avant de se faire exploser, vendredi 21 mai, dans un attentat-suicide meurtrier en Irak.

Un deuxième message est arrivé samedi. Un membre de l’organisation Etat islamique (EI) y présentait ses « condoléances » accompagnées d’une photo de Kevin posant, le doigt vers le ciel, devant le camion chargé d’explosifs qu’il allait précipiter contre un QG de l’armée irakienne.

Un Toulousain déclaré mort dans une attaque suicide en Irak

Depuis, Brice, un père de famille de 21 ans qui travaille à la Poste à Toulouse, ne cesse de consulter les innombrables messages et photos que son demi-frère lui adressait « chaque jour » depuis la Syrie, qu’il avait rejointe au printemps 2013 après un cambriolage à Toulouse, et même depuis son transfert en Irak il y a deux mois. Il y en a même une où il pose devant la piscine d’un palace de Mossoul, histoire d’être en conditions avant son sacrifice. « Il me racontait, tout comme s’il était en voyage, mais sans rien dire de concret de ce qu’il préparait », confie Brice.

Famille d’accueil et petite délinquance

La famille de Kevin et Brice est « 100% française ». Leurs parents - un père cuistot, une mère femme de ménage - se sont séparés rapidement. « Lui et mes deux autres (demi) frères ont été placés très tôt en famille d’accueil, pas moi. Kevin y est resté de 3 à 18 ans. Il ne m’en a jamais trop parlé. (…) Mais avant de partir en Syrie, il a dit qu’il avait toujours été rabaissé, séparé de ses frères, mal aimé, et que la religion l’avait sauvé », raconte Brice dans une tentative d’expliquer la métamorphose de ce grand frère « bagarreur » mais « protecteur », capable plus tard de poser sur son profil Facebook en brandissant une tête tranchée.

Kevin n’a jamais beaucoup travaillé malgré son CAP Mécanique. Selon Brice, il était « attiré par la petite délinquance » et aura eu de « mauvaises fréquentations, cité Bourbaki ou à La Reynerie ».

« Trop faible d’esprit »

Surtout il décrit son aîné comme un garçon paumé et influençable, « perdu, tout le temps. Trop faible d’esprit ». « Si on lui disait : "Les chiens, c’est bien", il achetait un chien. "Le rap, c’est bien", il se mettait au rap. "L’islam, c’est bien", il se convertissait… », poursuit-il.

La barre des 100 Français morts au djihad a été franchie

Et, avec l'organisation EI, Kevin pouvait  avoir de l'importance et se dire «haut placé». « En Syrie, il disait qu’il avait géré 60 Français, assure son cadet. Mais ça le soûlait parce qu’à chaque fois qu’il y avait des morts, il devait appeler les familles (en France). Il préférait qu’on le dirige. C’était le soumis, pas celui qui soumet. » Sa mort en témoigne.