Toulouse: Grâce à une chercheuse, on sait désormais que les abeilles savent compter

SCIENCE Aurore Avarguès-Weber, chercheuse de l'Université Paul-Sabatier, reçoit un prix pour ses travaux inédits sur les abeilles...

Béatrice Colin
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Illustration ruche d'abeilles
Illustration ruche d'abeilles — P.MAGNIEN / 20 MINUTES

Leur cerveau n'est pas simplement formaté pour butiner. On savait depuis longtemps que les abeilles pouvaient distinguer les couleurs, on sait désormais qu'elles savent compter mais aussi reconnaître un visage humain. Des découvertes que l'on doit à Aurore Avarguès-Weber.

Cette chercheuse toulousaine de l'Université Toulouse III-Paul-Sabatier, reçoit ce mercredi un prix et une bourse de 20.000 euros de la fondation L'Oréal-Unesco pour ses travaux sur ces insectes beaucoup plus complexes qu'on ne le croit.

Fascinée depuis longtemps par l'intelligence animale, la jeune femme aurait dû initialement travailler sur les singes de Bornéo. Mais son stage dans le sud-est asiatique a été annulé et cette Bourguignonne a atterri au début des années 2000 dans la Ville rose pour bosser sur les abeilles.

«C'était un monde complètement nouveau. J'ai tout de suite été fascinée de voir qu'on pouvait les entraîner. Elles sont toujours motivées pour aller chercher du sucre», raconte la chercheuse du Centre de recherches sur la cognition animale qui a mené ses expériences au sein du rucher-école de Pechbusque, en plein air.

Apprentissage plus rapide que chez les singes

Du coup, elle les a mises rapidement au travail, initialement pour voir si elles étaient capables de se repérer dans l'espace. En marquant ses cobayes d'un peu de peinture, en utilisant du sucre et des objets, Aurore Avarguès-Weber s'est rapidement rendu compte que les abeilles savaient faire la distinction entre le dessus et le dessous «et avaient appris toute seule, bien plus rapidement que chez les primates».

Dans un labyrinthe, ces insectes vont ainsi classer les objets par catégorie et feront la relation entre eux en les comptant ou grâce leur forme. Elles choisiront ainsi l'image comportant le même nombre d'éléments que celle présentée à l'entrée du labyrinthe.

 

«Elles passent d'un champ à un autre pour aller butiner. Avoir un plan, savoir où se situent des poteaux électriques, cela facilite leur trajet. Elles sont très bonnes pour reconnaître les objets, mais aussi les visages humains, même si on change le profil du visage, la couleur de cheveux», poursuit la chercheuse qui pense que ces découvertes peuvent servir en matière d'intelligence artificielle.

Plus individualiste qu'il n'y parait

Reste à savoir maintenant comment les cerveaux minuscules des abeilles, dotés de moins de neurones que ceux des humains, arrivent à faire des tâches que des enfants mettent plusieurs années à apprendre.

Pour décrypter la méthode de ses pensionnaires, elle leur fait faire aujourd'hui de nouveaux exercices. Mais cette fois-ci en laboratoire.

«Jusqu'à présent on voyait le monde des abeilles comme un organisme collectif où chaque abeille est une cellule. Mais elles font beaucoup de choix par elles-mêmes, il y a de la compétition entre elles. Et elles ne sont pas toutes des travailleuses: 20% restent dans la ruche à ne rien faire», indique Aurore Avarguès-Weber, faisant tomber ainsi pas mal d'idées reçues.