Toulouse: «Sur Sabri Essid, j'étais malheureusement dans le vrai»

AFFAIRE MERAH Albert Chennouf, le père de l'un des trois militaires assassinés par Mohamed Merah, sera à Toulouse ce jeudi...

Propos recueillis par Béatrice Colin
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Albert Chennouf-Meyer, père d'Abel Chennouf, un des trois militaires tués par Mohamed Merah.
Albert Chennouf-Meyer, père d'Abel Chennouf, un des trois militaires tués par Mohamed Merah. — Kenzo Tribouillard / AFP

Depuis trois ans, Albert Chennouf, le père d'Abel, l'un des militaires tués à Montauban le 15 mars 2012 par Mohamed Merah, mène un combat judiciaire pour obtenir la vérité sur ce qui s'est passé et comment cela a pu arriver. Il est ce jeudi soir à Toulouse pour une soirée en hommage aux victimes du «tueur au scooter». Il évoque sa visite dans le quartier des Izards, mais aussi Sabri Essid, reconnu dans une vidéo où un enfant identifié comme un Toulousain de 12 ans exécute un otage.

Vous vous êtes rendu dans le quartier des Izards, d'où était originaire le meurtrier de votre fils. Pourquoi?

J'ai des amis à Toulouse, je leur ai demandé de m'accompagner aux Izards. C'est la première fois que j'y allais, je voulais voir. J'ai vu un quartier «paisible», propre, accessible. J'y ai rencontré des gens, notamment l'animateur d'un centre culturel et l'imam, des personnes charmantes, mais vivant avec la peur au ventre. Nous, nous avons vécu une catastrophe, on m'a enlevé mon fils. J'ai vu une cité qui a vécu un tsunami, ça a été ravageur dans tous les esprits, cette famille [Merah] a fait d'énormes dégâts à cette ville et à ce quartier, encore aujourd'hui.

Vous pensez à Sabri Essid, le «demi-frère» de Merah qui apparaît dans le dossier, et que l'on voit dans cette vidéo où un enfant exécute un otage?

Un jour, le juge Tessier, en charge du dossier, a réuni toutes les familles. A l'époque, je lui avais demandé quand il allait ordonner l'arrestation de Sabri Essid, de son père et d'Olivier Corel [un homme lié à l'islam radical, placé en garde à vue dans l'affaire Merah]. Il nous avait répondu qu'Essid était suivi et surveillé comme le lait sur le feu. Quatre mois plus tard, il était parti en Syrie. J'ai piqué une colère et c'est pour cela que j'avais demandé le dessaisissement du juge. Ce 11 mars, on revoit ce barbare «nazislamiste» sur cette vidéo. Comme les nazis ils pratiquent la même terreur, ils font tuer des enfants. Malheureusement, j'étais dans le vrai.

Dans l'affaire Merah, pensez-vous qu'il y a eu un dysfonctionnement de la justice?

Il y a eu un dysfonctionnement des services de renseignement, une faillite peut-être pas. Je ne pense pas que ce soit un problème d'homme, mais il y a des gens qui ne veulent pas savoir la vérité. Quand on regarde le rapport balistique de Merah, on aurait voulu le prendre mort qu'on ne s'y serait pas pris autrement. Pourquoi on n’a pas pris Merah vivant? La vérité, on ne la saura pas. Aujourd'hui, les familles sont remontées.

Il va y avoir un procès, qu'en attendez-vous?

Je pense que le procès pourrait avoir lieu à l'automne ou au plus tard début 2016. Je vais les mettre au pied du mur, je ne raterai personne. Mais pour moi, qu'il y ait une condamnation d'Abdelkader Merah ou des deux autres, cela m'importe peu, ça ne me ramènera pas mon petit. Je préfère qu'ils me disent lors du procès ce que savait son frère. Le dossier d'Abdelkader Merah est quasiment vide, on le garde en prison pour la paix sociale, mais il ne pourra pas rester en préventive ad vitam aeternam pour un vol de scooter, même si on sait que c'est lui le mentor.

Ce jeudi, lors de la cérémonie hommage, une charte de la laïcité va être signée par les représentants des différentes religions. Qu'en pensez-vous?

Si ça peut apporter la paix sociale, c'est une bonne chose, mais je doute de l'efficacité de la chose. Nous sommes dans un pays laïc. Toulouse est le symbole de la ville de Jaurès, du républicanisme qui a accueilli les réfugiés espagnols mais a été touché par cette catastrophe. J'ai dit au maire qu'il ne fallait pas céder à l'intégrisme.