Lot: Le procès d'un meurtre fratricide dans la bonne société

JUSTICE Matthias Belmon, architecte issu d'une dynastie locale, doit répondre du meurtre de sa sœur, Stéphan, à partir ce lundi devant la cour d'assises du Lot...

H.M. avec AFP

— 

Le Toulousain Georges Catala défendra Matthias Belmon devant les assises du Lot. Archives.
Le Toulousain Georges Catala défendra Matthias Belmon devant les assises du Lot. Archives. — Alexandre GELEBART/20MINUTES

Ce drame ressemble à une saga télévisée de l'été, quand la mort soudaine du patriarche déclenche les haines et l'éclatement d'un clan. Il s'est déroulé une nuit d'automne 2011 dans un hôtel particulier de Cahors, 20.000 habitants, et a coûté la vie à Stéphan Belmon, une gérante d'agence immobilière. Son frère unique, l'architecte Matthias Belmon, doit répondre du meurtre à partir de ce lundi 16 mars devant la Cour d'assises du Lot.

L'affaire se noue le 17 octobre 2011, quand cet ex-rugbyman et membre en vue du Rotary local téléphone à la gendarmerie depuis sa maison de Goujounac, à une trentaine de kilomètres de Cahors. Il s'accuse de s'être accroché avec sa sœur et de l'avoir tuée chez elle, en ville, le jour où leur père aurait eu 61 ans s'il n'était pas mort d'un cancer l'année précédente. Puis il s'en va chez sa mère au village, pour lui annoncer le meurtre et se faire interpeller.

Scène sanglante

Stéphan, 31 ans, vivait seule dans son hôtel particulier de cinq étages avec ascenseur. Là, les enquêteurs découvrent des traces de sang dans plusieurs pièces, jusqu'au sol des W-C où git la jeune femme. Son corps porte de multiples lésions. Elle est morte étranglée à mains nues puis avec une corde.

Durant l'enquête, il a été avancé que le frère avait projeté d'assassiner la sœur puis de faire passer sa mort pour un suicide. Mais son plan aurait échoué parce qu'elle aurait résisté, jusqu'à lui arracher une phalange de doigt en le mordant. Outre la corde, l'accusé avait apporté et utilisé un «shoker» (pouvant asséner des décharges de courant électrique très puissantes), des vêtements de rechange, une cagoule, des gants trouvés ensanglantés.

Héritage et rivalité au milieu des vignobles

Cependant, s'il s'accuse du meurtre, il a toujours nié être venu chez sa sœur avec l'intention de tuer, assurant qu'il voulait la contraindre au dialogue, en plein différend sur la gestion de leurs biens communs: une carrière et un domaine viticole renommé du Quercy.

La défense, assurée par le Toulousain Georges Catala, pourrait plaider un crime de passion:  un moment de bascule favorisé par la prise de somnifères, d'anxiolytiques ou d'alcool, alors que l'accusé, accablé par la dépression, souffrait de ne pas être à la hauteur du chef de famille disparu.

Ancien maire de Goujounac, l'entrepreneur Christian Belmon avait pris soin de régler sa succession de son vivant. A  sa fille, une agence immobilière. A son fils, une société de construction. Mais c'est la gestion en commun des autres fleurons de l'héritage paternel - la carrière et le vignoble - qui aurait exacerbé leur rivalité.

La mère, Françoise Belmon, est partie civile au procès. Elle veut défendre la mémoire de sa fille, dont elle était très proche, et tenter de comprendre son fils.