Une vie passée à résister

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Il résiste encore et toujours. Inlassablement. Jean Durand ne pense pas à la fatigue des années, comme il ne pensait pas aux risques qu'il prenait en rejoignant, en 1942, un groupe de passeurs. Par son courage, il a permis à des dizaines de juifs et de pilotes anglais de rejoindre l'Espagne par les Pyrénées, en passant par son village du Comminges, Saint-Martory. Il avait 16 ans... Et à peine plus quand il est arrêté par la Gestapo, torturé et envoyé à Buchenwald, dont il garde chez lui une trace, un morceau fossilisé de l'unique arbre du camp, « l'arbre de Goethe ». Là-bas, il va connaître la faim, le froid, mais aussi les pires atrocités humaines. Faible et amaigri, il survit au jour le jour grâce, se souvient-il, au soutien d'un déporté allemand, infirmier de son état, et de résistants marseillais qui l'enjoignent à « tenir le coup » parce que, lui disent-ils, « tu dois raconter ce que tu as vu ici ». Il n'oubliera jamais.

Soixante-deux ans après s'être échappé du camp de la mort, en sautant dans un fossé à l'insu des SS, Jean Durand se bat toujours pour le respect des droits de l'homme. Que ce soit lorsqu'il enfile son ancienne veste de déporté pour défiler en tête d'un cortège anti-Le Pen ou encore lorsqu'il se rend, à 81 ans, appuyé sur sa canne, devant les écoles pour défendre des enfants de sans-papiers. Employé dans l'industrie chimique un temps, puis fonctionnaire au ministère des Anciens combattants, il est resté entier. « L'actualité oblige à se remuer, explique-t-il. Je ne peux pas supporter que l'on fasse du mal aux plus jeunes. » Ainsi, il devient le parrain des cent trente familles de sans-papiers soutenues par le Réseau éducation sans frontières à Toulouse. « Cueillir des enfants à la sortie des écoles pour les envoyer par charter dans des pays où ils n'ont jamais mis les pieds, c'est inhumain. Cela me rappelle trop la chasse aux juifs. » Président du conseil départemental de la résistance, il se rend chaque mardi au musée de la Résistance de Toulouse pour raconter. Le 8 mai prochain, il commémorera cette date, qui souligne-t-il, « signe la grande victoire de la démocratie, le triomphe de la lumière sur l'obscurité ».

« Il fait partie de nos grands résistants pour qui, comme le disait Lucie Aubrac, "résister doit se conjuguer au présent"». « C'est un bloc de dignité et de courage, qui se bat depuis soixante-cinq ans sans compromissions. Il témoigne que certaines choses ne sont pas acceptables et que résister est un choix possible. » « Nous avons survécu à la déportation : c'est un privilège qui implique des devoirs. »