Toulouse: Le harcèlement scolaire en ligne... de mire

SOCIETE Un colloque sur le harcèlement scolaire a lieu à Toulouse ce mardi,  jour où des victimes ont décidé de lancer un manifeste...  

Beatrice Colin

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L'affiche gagnante du concours national «Mobilisons-nous contre le harcèlement». Elle a été réalisée par les élèves de l'école primaire toulousaine Dupouy.
L'affiche gagnante du concours national «Mobilisons-nous contre le harcèlement». Elle a été réalisée par les élèves de l'école primaire toulousaine Dupouy. — Ecole élémentaire Dupouy– académie de Toulouse

«Il y a quelques jours, j'ai été appelé par un établissement du Gers. Des élèves avaient lancé sur les réseaux sociaux un nouveau jeu avec des nominations, celui qui était nommé devait lancer une rumeur sur quelqu'un, s'il ne le faisait pas il serait lui-même victime d'une rumeur», raconte Florent Henriet, coordinateur de Medi@lterité.

Depuis 2011, son association intervient à la demande des collèges et lycées sur le thème de la prévention de la violence. Ce mardi, il participe au colloque organisé à l'occasion de la 19e journée nationale de prévention du suicide et traitant des questions d'Internet.

Un débat de société qui a un écho particulier puisque c'est le jour où des victimes de harcèlement scolaire ont décidé de lancer un manifeste, une semaine après la sortie du livre Marion,13 ans pour toujours où une mère raconte le calvaire de sa fille, devenue bouc émissaire et qui a mis fin à ses jours.

Au cœur des débats, la rumeur, et sa propagation. Avec les élèves du collège La Prairie, Florent Henriet a réalisé un docu-fiction qu'il projette désormais dans une trentaine d'établissements de la région.

Le scénario écrit par les élèves reflète une situation que nombre de victimes connaissent. Une jeune fille y vit un véritable cauchemar qui passe par des insultes et le harcèlement de ses camarades. ««Les réseaux sociaux, c'est une sorte de grande rumeur où tout est amplifié, ça peut être très violent car en plus d'être harcelé à l'école aujourd'hui cela vous suit jusqu'à chez vous», explique Anaïs, l'une des élèves ayant participé au projet.

Intervention dans les collèges et lycées

Selon les dernières statistiques, 6% des élèves sont victimes de manière répétée d'agressions en ligne. En milieu d'année dernière, plusieurs pages Facebook de rumeurs intitulées Askiparait ont vu le jour dans des lycées toulousains.

«L'équipe mobile de sécurité est intervenue. A chaque fois qu'un cas nous est signalé, que ce soit par les établissements ou via la plateforme nationale, le référent "harcèlement" de l'Académie intervient», explique Le docteur Emmanuelle Godeau, adjointe du Médecin conseiller de la rectrice de l'académie de Toulouse.

Onze plaintes auprès de la police

En 2014, 25 collèges ou lycées ont ainsi fait appel à ses services. «On mesure mal s'il y a aujourd'hui une recrudescence de violence ou s'il y a plus de déclarations de cas parce que la parole des enfants s'est libérée et que les adultes y sont plus sensibles», poursuit Emmanuelle Godeau.

Si cela se règle souvent entre élèves ou au sein de l'établissement, il arrive que certains cas atterrissent au commissariat.

A Toulouse, onze plaintes pour des appels malveillants ont ainsi été déposées l'an dernier. Le bureau d'aide aux victimes de la police nationale intervient de plus en plus souvent dans les collèges et lycées pour parler du problème du cyberharcèlement et rappeler les risques encourus, soit un an de prison et 45.000 euros d'amende.

Codes sociaux et Internet

«Mais ce n'est pas internet qui a créé le harcèlement, ça l'a accentué. Les adolescents maîtrisent l'outil mais pas les codes sociaux et relationnels. Ce que l'on dit moins sur internet c'est qu'il permet de développer une forme de solidarité, c'est aussi un outil qui favorise les relations», pondère Maud Leguistin, docteur en sociologie à l'Université Jean-Jaurès, spécialiste de ces questions.