Toulouse: «J'avais dit qu'il existait d'autres Merah et je ne me suis pas trompée»

SOCIETE Latifa Ibn Ziaten, la mère d'Imad, le premier militaire tombé sous les balles de Mohamed Merah, est à Toulouse vendredi pour participer à un débat à l'Espace des diversités et de la laïcité...

Propos recueillis par Julie Rimbert

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 Latifa, la mère d'Ibn Ziaten, un des militaires tués par Merah le 11 mars 2012.
Latifa, la mère d'Ibn Ziaten, un des militaires tués par Merah le 11 mars 2012. — Fred.Scheiber

Depuis trois ans, elle arpente inlassablement les quartiers à la rencontre des jeunes. Latifa Ibn Ziaten, la mère d'Imad, la première victime de Mohamed Merah, participe vendredi à un débat à l'Espace des diversités et de la laïcité à Toulouse. Depuis la création d'Imad Association pour la Jeunesse et la Paix en avril 2012, cette mère œuvre pour le dialogue interreligieux et contre les dérives extrémistes dans les quartiers.

Êtes-vous revenue à Toulouse depuis trois ans?

Je suis venue dans la Ville rose avec des jeunes de Paris pour leur montrer ce qu'est l'armée, que nos soldats servent la République. Il y a toujours un travail de fond à faire auprès de ces jeunes des quartiers pour les valoriser, leur rappeler qu'ils appartiennent à cette République. Je veux soutenir ces jeunes perdus car je refuse que mon fils soit mort pour rien.

Depuis la création de votre association, le discours de ces jeunes a-t-il évolué?

Quand on voit ce qu'il s'est passé dans certaines classes après les attentats de Paris, j'ai des fois l'impression de prêcher dans le désert mais je reste debout, pour la mémoire de mon fils qui est mort dans la dignité. Il faut écouter ces jeunes qui se sentent rejetés de la société depuis longtemps. En mars 2012, j'avais dit qu'il existait d'autres Merah et je ne me suis pas trompée. Pour éviter de nouveaux drames, il faut donner leur chance à ces jeunes qui ne croient plus dans la République.

Comment réagissez-vous face à ces jeunes qui ont refusé la minute de silence après l'attentat à Charlie Hebdo?

Cela montre qu'il y a encore beaucoup de travail à faire sur le terrain. Ce n'est pas normal de siffler la République alors qu'ils devraient être fiers d'être Français. On constate qu'il n'y a plus de respect dans les classes et que l'éducation familiale est parfois défaillante. Il faut leur redonner la fierté de leur pays. Pour y remédier, nous allons ouvrir un centre à Paris pour former les mères et cadrer ces jeunes perdus.

On constate de nombreux départs de jeunes vers la Syrie. Êtes-vous contactée par des familles inquiètes pour leurs enfants?

Oui régulièrement. Je dois d'ailleurs rencontrer aujourd'hui une mère et sa fille de 15 ans qui voulait partir en Syrie. Ces parents sont démunis face à ce phénomène alors que la plupart ne pratiquent pas de religion à la maison. Il faut soigner ce virus qui sévit en Europe en allant vers ces jeunes et en leur expliquant qu'il ne faut pas faire d'amalgame entre l'islam et la dérive intégriste.

Comment avez-vous réagi après la mobilisation populaire du 11 janvier?

J'aurais aimé qu'il y ait un tel mouvement après l'affaire Merah car cela aurait peut-être empêché ces morts. Après la mort d'Imad, j'ai eu l'impression que la France m'avait oubliée, qu'elle salissait la mémoire de mon fils qui avait servi son pays. Lors de la marche républicaine, j'ai pleuré en voyant cette foule. J'ai vu que la France reste debout et j'espère que cette fois les politiques l'entendront.

Rendez-vous

La rencontre-débat a lieu de 19h à 21h. Entrée libre et gratuite. Places limitées.