Toulouse: Le jeu de poker menteur des agresseurs de Jérémy Roze

JUSTICE Deux jeunes de 22 et 24 ans comparaissent depuis mardi aux Assises pour avoir porté un coup de couteau mortel à l'étudiant en pharmacie en février 2011...

Béatrice Colin
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Les jurés de la cour d'assises de Haute-Garonne siègent jusqu'à vendredi.
Les jurés de la cour d'assises de Haute-Garonne siègent jusqu'à vendredi. — FRED SCHEIBER / 20 MINUTES

C’est pas moi, c'est lui. C'est ainsi que pourraient être résumées les premières heures du procès des deux hommes accusés d'avoir donné un coup de couteau mortel à Jérémy Roze, une nuit de février 2011, à Toulouse.

Leurs cibles, des étudiants seuls

L'étudiant en dernière année de pharmacie n'était pas la première victime de la journée du binôme. Arrivés de Limoges peu de temps avant l'agression, ils avaient commis plusieurs vols avec violence auparavant et ont poursuivi leurs méfaits après. 

«Ils sont venus à Toulouse, ont commis les vols, puis sont repartis et ont revendu les objets à Limoges», raconte à la barre une enquêtrice. Ils s'attaquent aux «yankees», des jeunes étudiants qui rentrent seuls de soirées.

Onze condamnations

Dans le box, il y a Hicham Ouakki, 22 ans et onze condamnations au casier judiciaire. Depuis qu'il a 14 ans, période durant laquelle il perd son père, le jeune homme multiplie les vols avec agression. «J'étais jeune, immature», reconnaît l'accusé, originaire de Toulouse, qui est allé durant son adolescence de centres éducatifs fermés en foyers.

Au cours de l'enquête, les policiers vont recueillir plusieurs témoignages de son entourage auprès de qui il va reconnaître «avoir planté quelqu'un qui faisait le fou». Il appellera même sa petite amie quelques minutes après les faits pour lui en parler.

«Il a toujours eu besoin de s'affirmer par rapport aux autres. Mais ces agressions, c'est avant tout pour faire de l'argent facile, la revente lui permet de se payer l'hôtel avec sa copine», relève un policier toulousain qui connaît bien Hicham Ouakki.

Un entraîneur, un entraîné?

A un mètre de lui, Driss Arab écoute son ancien comparse. Le jeune homme de 24 ans n'a aucun passé judiciaire. Décrit comme étant plutôt calme, il va occuper quelques emplois en intérim à Paris, puis va rencontrer huit mois avant les faits Hicham Ouakki. Et plus le quitter. «Je me suis laissé influencer, je ne connaissais pas son passé», assure à la barre Driss Arab.

Dès son arrestation, ce dernier va avouer qu'Hicham «a fait une connerie». Rongé par la culpabilité, il va même perdre six kilos. «C'est le phénomène de groupe, d'entraînement. Il vient à Toulouse et ne connaît personne à part Hicham Ouakki. Mon client a toujours eu la même version, Hicham Ouakki a dans un premier temps reconnu les faits auprès de ses proches avant de changer de version quand il a su que Jérémy Roze était décédé», relève Raphaël Darribère, l'avocat de Driss Arab.

«Un binôme» selon la défense

Mais l'examen des faits laisse la place à de nombreuses questions. Pourquoi Driss Arab va laver le couteau qui a servi au meurtre si ce n'est pas lui qui a commis les faits? S'il n'est qu'un spectateur, pourquoi va-t-il pointer lui aussi une arme lors d'autres agressions?

Pour le conseil des parents de la victime, Laurent de Caunes, ce qui ressort avant tout c'est «qu'Ils sont bien un binôme, ils ont tendu le piège ensemble, choisi la victime, exécuté le plan et frappé. Ils sont tout le temps ensemble». Le verdict est attendu vendredi.