Toulouse: Son fils part en Syrie, il crée une association pour lutter contre l'enrôlement des jeunes par EI

SOCIETE Le président de l'Association de la jeunesse républicaine contre l'endoctrinement et pour la fraternité a accordé une interview à «20 Minutes Toulouse»...

Propos recueillis par Beatrice Colin

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Le père de l'adolescent parti en Syrie, ici avec son avicate, préfère aujourd'hui garder l'anonymat.
Le père de l'adolescent parti en Syrie, ici avec son avicate, préfère aujourd'hui garder l'anonymat. — E. Cabanis / AFP

En janvier, son fils, élève au lycée toulousain des Arènes, partait en Syrie avec un autre adolescent, avant de revenir une vingtaine de jours plus tard. Cet habitant de Pinsaguel préfère aujourd'hui conserver l'anonymat. Mais pour lutter contre l'embrigadement des plus jeunes, il a décidé de fonder l'Association de la jeunesse républicaine contre l'endoctrinement et la fraternité.

Dix mois après son retour de son Syrie, comment va votre fils?

Aujourd'hui il a besoin de se reconstruire. Il suit sa scolarité, toujours sous contrôle judiciaire et il attend son jugement. Il n'avait pas mesuré le danger et la gravité des choses. Son but était de faire de l'humanitaire et il s'est rendu compte sur place que ce n'était pas du tout ça qui l'attendait. Mon fils n'était pas pratiquant, moi non plus. Il ne parle pas l'arabe. Personne n'est allé le chercher, c'est sa conscience qui l'a fait revenir... Il aurait pu me dire: «Je ne rentre pas».

Il reste mis en examen pour «association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste». A-t-il peur des suites judiciaires?

Les conséquences judiciaires font peur. Les enrôleurs jouent sur cette peur, ils menacent les jeunes en leur disant: «Regardez, si vous rentrez dans votre pays, ce sera 7 à 8 ans de prison». Si on fait encore plus de répressif, c'est dommage. Mais le plus gros problème ce n'est pas le retour, mais le départ. Il faut se poser la question: «Que doit-on faire pour l'empêcher?»

Quelles sont les solutions selon vous, alors que l'on constate qu'il y a de plus en plus de jeunes qui partent en Syrie?

Il faut une interdiction de sortie de territoire sans autorisation parentale. Mais je suis pour une politique en douceur avec cette jeunesse et pas uniquement pour la répression et les menaces. Il faut être alerté en amont, avant qu'il ne soit trop tard. Aujourd'hui les familles sont dépassées, mais l'Etat aussi. Une jeune fille de 15 ans a réussi à déjouer la police aux frontières. Mais ce ne sont pas des gosses de 12-15 ans qui sont des terroristes, ils sont des victimes d'enrôlement par des recruteurs de Daesh.

Mais des Français partent faire le djihad et participent aux combats et massacres...

Je fais la part des choses. Je serai toujours là pour un mineur enrôlé. Un jeune de 22 ans sait ce qu'il fait, je ne porterai jamais sa voix. Il faut faire une différence entre l'enrôleur et ses victimes.

Comment va agir votre association?

Sauver une vie c'est sauver l'humanité. Nous voulons agir pour la paix et la réconciliation, mais aussi contre les stigmatisations. Je ne compte pas rester seul, il faut s'unir avec d'autres associations. Les familles concernées ont besoin d'un soutien, car il n'y a aucune prise en charge. Je ne cherche pas la célébrité, mais l'action. L'objectif c'est d'avoir des résultats. J'ai pris contact avec le ministère pour avoir une dérogation m'autorisant à être reçu dans les écoles pour parler avec les jeunes. On m'a répondu qu'avant, il fallait que l'association fasse ses preuves, autrement dit, «continuez tout seul». C'est incohérent, ils nous disent «on est avec vous», mais lorsqu'il faut s'investir ils ne sont plus là.

Que pensez-vous de l'initiative de l’Union des Mosquées de France qui organise ce dimanche à Toulouse des Etats généraux sur le radicalisme religieux?

J'y serai. C'est important de rencontrer tous les dignitaires religieux, j'ai conscience que seul je ne pourrai rien faire seul. Il faut que tous les organismes travaillent ensemble.