Kader Arif: Un homme d'appareil adoubé par Hollande

POLITIQUE Poussé à la démission, ce fils de harkis, jovial et discret, est avant tout un homme du PS formé par Jospin et adoubé par Hollande...

Hélène Ménal

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Natzwiller le 24 06 2012. Commémoration au camp de concentration du Struthof en présence de Kader Arif, ministre  délégué auprès du ministre de la défense,chargé des anciens combattants.
Natzwiller le 24 06 2012. Commémoration au camp de concentration du Struthof en présence de Kader Arif, ministre délégué auprès du ministre de la défense,chargé des anciens combattants. — G. VARELA /20 MINUTES

Un fils de harkis aux Anciens combattants, le choix de François Hollande au lendemain de son élection à l'Elysée était audacieux. Il récompensait surtout un compagnon de route fidèle qui a tenu pendant plus d'une décennie (de 1999 à 2008) la puissante Fédération du parti socialiste de la Haute-Garonne avec, lui aussi, un art consommé de la synthèse.

Talonneur du Castres Olympique

Kader Arif, 55 ans aujourd'hui, s'est toujours refusé à passer pour «l'Arabe de service». Il est pourtant malgré lui le symbole d'une intégration réussie. Né à Alger, il n'avait pas quatre ans quand ses parents, modestes, ont débarqué à Castres, dans le Tarn. «J'avais la rage au ventre, une envie de donner toute mon énergie, un besoin d'appartenance à la République et de reconnaissance citoyenne», confiera-t-il en évoquant sa jeunesse.

De cet ancrage  dans le Sud-Ouest, il gardera cet accent chantant qu'il ne tente jamais de camoufler et un goût prononcé pour le rugby. Il a d'ailleurs été brièvement  talonneur du Castres Olympique au début des années 80.

Repéré par Jospin

Mais comme tout Tarnais qui se respecte, il a fait ses études à Toulouse. C'est là qu'il est repéré, en 1987, par Lionel Jospin élu local du département et, surtout, premier secrétaire du PS. Comme François Hollande, qui 18 ans plus tard, fera de Kader Arif le numéro 3 du parti au poste stratégique de secrétaire national aux fédérations.

Eurodéputé de 2004 à 2012, Kader Arif a eu aussi des mandats locaux, comme conseiller municipal à Castanet (dans la banlieue de la Ville rose) puis à Toulouse. Mais c'est dans l'appareil du PS - que ce soit à Solférino ou rue Lancefoc à Toulouse - que cet homme de réseaux, jovial et chaleureux, s'épanouit et déploie ses talents.

Métro, boulot, réseaux

Resté fidèle, il intègre naturellement la garde rapprochée de François Hollande pendant la campagne présidentielle. Et même s'il peut gaffer, comme quand il a annoncé prématurément la libération de la famille française otage au Cameroun, sa proximité avec l'Elysée lui a permis de survivre à trois remaniements ministériels. Concentré sur la réhabilitation des «fusillés pour l'exemple» de la Guerre 14-18, il aurait dû vivre une année 2014 trépidante, sautant de commémoration en commémoration. Et revenant le week-end dans son fief, où certains Toulousains le croisaient dans le métro pour une sortie shopping avec son épouse.

Il y a quelques mois encore son nom circulait pour remplacer Martin Malvy à la présidence de la Région Midi-Pyrénées... Il préparait ses arrières, pesait sur les nominations, mais rêvait aussi d'un gouvernement «de combat, resserré» dans l'hypothèse où François Hollande se représenterait. C'était du temps où il n'était pas un ami encombrant. Depuis que l'affaire des marchés de la Région Midi-Pyrénées a éclaté le 10 septembre, Kader Arif  sonnait comme un caillou dans la chaussure du Président. S'il n'avait pas démissionné, il serait devenu un véritable boulet.