Toulouse: Les relous et leur «t'es belle», elles en ont marre et le font savoir

SOCIETE Une page Facebook est née pour dénoncer le harcèlement de rue à Toulouse...  

Béatrice Colin

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A Paris, le collectif Stop au harcèlement de rue a mené des opérations «rue sans relou». Une idée qui pourrait être reprise à Toulouse.
A Paris, le collectif Stop au harcèlement de rue a mené des opérations «rue sans relou». Une idée qui pourrait être reprise à Toulouse. — Collectif Stop au harcèlement de rue

«Un soir vers 21h, j'allais à François Verdier en métro. Je descends et prends l'escalator. Il y avait un mec derrière moi. Il a posé ses mains sur mes épaules et les a descendues jusqu'à ma taille et il est parti en me disant: "Désolé, t'es bonne".»

C'est un des témoignages partagés sur la page Facebook «Stop au harcèlement de rue - Toulouse», lancée en septembre. Photo volée sous une jupe, agression verbale, voire pelotage. Les histoires vécues racontées sur la page sont légion.

Des témoignages de filles, mais aussi de garçons

Elles ressemblent à bien des égards à celle vécue par l'étudiante toulousaine de 19 ans à l'origine de la page. «Alors que nous rentrions avec des amies, un groupe de garçons nous a dit: "Vous êtes belles". Nous n'avons pas répondu, ils ont continué en nous disant: "Vous êtes bonnes". Et puis après, comme nous ne répondions pas: "Salopes, sales putes". Un garçon est intervenu pour savoir ce qu'il se passait ,et ils s'en sont pris à lui», raconte la jeune fille qui se fait appeler Johanna, et préfère garder l'anonymat.

Aujourd'hui, 33 témoignages sont en ligne. Pas seulement de filles, car certains garçons sont parfois victimes d'agressions homophobes et racistes. «Je les publie à part ceux qui parlent de religion ou de politique. Cela n'a rien à voir là-dedans», assure Johanna. Elle regrette avec le recul de ne pas avoir porté plainte, «car quasiment personne ne le fait».

Depuis janvier, 47 agressions sexuelles en pleine rue

Sur les dix premiers mois de l'année, 44 plaintes ont été déposées à Toulouse pour des injures et 47 pour des agressions sexuelles dans la rue. Dans ce dernier cas, la police enregistre une hausse, puisqu'elle en dénombrait 38 l'an dernier sur la même période. Quand aux atteintes sexuelles, le plus souvent des exhibitionnistes, seulement 33 plaintes ont été enregistrés par les forces de l'ordre qui reconnaissent «qu'il y a rarement des dépôts de plainte dans ces cas-là».

Et pourtant, c'est ce que préconise Osez le féminisme 31 qui rappelle que les attouchements sont «un délit». «La page Facebook permet d'avoir une photographie de ce qui se passe dans la vie des femmes, faire prendre conscience des choses. Parfois ça peut les inciter à changer leurs habitudes, leurs itinéraires, ce n'est pas normal», assure Emilie Teyssedre, porte-parole toulousaine du mouvement.

La militante réfléchit à transposer dans le métro de la Ville rose la campagne parisienne sur les comportements machistes Take Back the métroJohanna de son côté va rejoindre d'ici peu le mouvement national Stop au harcèlement de rue et pourrait lancer des opérations du type: zones anti-relou dans les bars.