Luzenac: La dure vie d’après la chute

FOOTBALL Quatre semaines après la fin du feuilleton sportif de l’été, de nombreux joueurs et salariés du LAP pointent au chômage…

Nicolas Stival
Les joueurs de Luzenac, le 5 septembre 2014 à Toulouse.
Les joueurs de Luzenac, le 5 septembre 2014 à Toulouse. — F. Lancelot / Sipa

Voici tout juste quatre semaines, le 10 septembre, l’épopée du Luzenac Ariège Pyrénées s’achevait par une dégringolade. Après un très long combat juridique, le club, promu sportivement en Ligue 2, jetait l’éponge et repartait en division d’honneur régionale (DHR), cinq niveaux plus bas. Depuis, huit joueurs ont rebondi en L2 ou National, le capitaine Guy N’Gosso (Angers, L2) étant le dernier en date. Mais une vingtaine de salariés (joueurs, entraîneurs et personnel administratif) reste en rade.

«Comme la plupart, je n’ai rien pour l’instant, indique ainsi le défenseur Julien Outrebon. Le marché en France est complètement bloqué. On cherche surtout à l’étranger.» L’ancien Troyen de 31 ans s’entraîne à Toulouse avec la formation de DHR, en compagnie de ses anciens coéquipiers Sanaia, Makalou et Dieuze (ce dernier a toutefois décidé d’arrêter sa carrière professionnelle). «Les séances ont lieu le mardi et le jeudi soir, explique Outrebon. Je m’exerce tout seul le matin, comme les autres jours de la semaine. Je fais du vélo, de la course à pied…»

«Personne ne pourra nous enlever ce que nous avons fait»

D’autres joueurs s’entretiennent seuls ou en petits groupes, comme Quentin Westberg. Le gardien franco-américain effectue des séances quotidiennes avec son ancienne doublure Cyril Garcia, sous l’égide de l’ex-entraîneur des portiers du LAP, Olivier Lagarde. «Nous sommes là pour nous booster les uns les autres, glisse Westberg. Dans notre malheur, c’est assez sympa.»

Cet été, Outrebon a eu «trois ou quatre» contacts avec d’autres clubs. Westberg n’a pas donné suite à une touche avec une écurie de «D1 étrangère». Car, comme la plupart de leurs coéquipiers, ils ont longtemps cru qu’un épilogue heureux bouclerait l’incroyable feuilleton coproduit par la LFP puis la FFF. «Personne ne pourra nous enlever ce que nous avons fait», lâche le gardien de 28 ans, qui a établi un « premier contact » pour un éventuel départ vers la Major League Soccer (MLS), le championnat professionnel des Etats-Unis.

«C'est clairement une épreuve»

«Je n’en veux pas à nos dirigeants, j’ai de très bonnes relations avec le président (Ducros), poursuit-il. Je n’ai pas de regret, peut-être un peu d’animosité. Mais la dernière fois que je me suis retrouvé au chômage, j’ai été champion de L2 en fin de saison (avec Evian-Thonon-Gaillard en 2011). J’ai la pêche.» «C’est clairement une épreuve, c’est dur à vivre, lâche de son côté Julien Outrebon. Mais dès qu’on aura retrouvé un club, on pourra embrayer. Il faut se tenir prêt.»

Les deux hommes ont déjà connu le plus haut niveau, à la différence de plusieurs de leurs anciens collègues, qui se voyaient déjà parapher le premier contrat professionnel de leur carrière. Pour certains, près d’un mois après la fin définitive du rêve pour le village pyrénéen de 650 habitants, l’heure reste à la déprime. Et ce ne sont pas les banderoles de soutien qui fleurissent encore dans les stades français, preuve de la passion qu’a suscitée la formidable aventure du LAP, qui y changeront quelque chose.