Elles buzzzzzent en ville

ENVIRONNEMENT Les ruchers fleurissent sur les toits toulousains, que ce soit des HLM ou des entreprises…

Béatrice Colin
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Toulouse, le 9 septembre 2014 - Récolte de miel sur les toits d'un immeuble d'Empalot, par le bailleur HLM Habitat Toulouse.
Toulouse, le 9 septembre 2014 - Récolte de miel sur les toits d'un immeuble d'Empalot, par le bailleur HLM Habitat Toulouse. — Beatrice Colin

Sur les toits du casino de jeux, de France Télécom, dans les jardins du Muséum à la Maourine ou encore sur le site GrDf boulevard Sébastopol. Le nombre de ruches se démultiplie dans la Ville rose. Parmi les dernières installées, celles d’Habitat Toulouse, sur les toits de l’une de ses résidences, à Empalot. Ce mardi, ses responsables ont procédé à la première récolte de miel.

«Au départ nous avions un peu peur parce que les abeilles piquent, mais on s’est rendu compte qu’elles étaient plutôt dociles», raconte l’une des habitantes de la Cité Daste. «Moi j’ai arrêté d’utiliser des pesticides sur mes plantes», enchaîne une autre. Armés de leur enfumoir et de combinaisons, deux apiculteurs de la société Biocénys, gestionnaire du rucher pour le compte d’Habitat Toulouse, ont procédé au prélèvement des cadres, là où les abeilles ont déposé leur pollen.

Six résidences de logements sociaux équipées

A 25 mètres de la Garonne, les butineuses ont de quoi trouver leur bonheur, que ce soit sur l’île du Ramier ou dans les jardinières de balcon. «Nous espérons pouvoir récolter une trentaine de kilos, soit environ dix par ruche», avance Lionel Garnier, l’un des apiculteurs qui n’hésite pas à assommer d’un coup de raquette un frelon asiatique qui vient chercher quelques abeilles à croquer.

Au total, le bailleur HLM a décidé d’installer cinq ruchers sur ses résidences, quatre à Toulouse et un à Pin-Balma. «Cela s’inscrit dans le cadre de notre agenda 21. Pour l’instant nous sommes en phase de démarrage, nous allons voir comment cela fonctionne. Nous devrions aussi utiliser nos ruchers dans une démarche pédagogique avec la mise en place d’animations pour les scolaires», explique Céline Négrier, chargée de communication d’Habitat Toulouse.

La ville, un symbole

«Ces installations en ville c’est un symbole, cela peut aider à soutenir l’apiculture locale», insiste Olivier Fernandez, président du syndicat Apiculteurs Midi-Pyrénées. Pour ce dernier, ces quelques ruchers urbains ne remplaceront pas non plus les 3.000 à 5.000 ruches décimées cet hiver dans les Pyrénées. «On retrouve dans les analyses faites par les apiculteurs jusqu’à huit molécules utilisées dans les traitements de la fièvre catarrhale du mouton», explique ce passionné.

Mais ce n’est pas la seule source de mortalité. Le frelon asiatique en est une autre. Et les pesticides aussi. «Il y a deux jours, une dizaine d’abeilles sont mortes devant mes ruches à Colomiers. Ça arrive régulièrement à cause des traitements réalisés par les services voirie contre les mauvaises herbes», poursuit Olivier Fernandez. Et la mauvaise météo n’a pas arrangé les choses, les amateurs et professionnels s’attendent à voir leurs récoltes réduites de moitié.

A Thalés, plus de 35 apiculteurs en herbe

L’arrivée de nouvelles ruches est observée d’un œil bienveillant. «Mais il ne faut pas que ce soit qu’un effet de mode. Dans les entreprises, si les salariés s’occupent des ruches, ils peuvent en voir les avantages et c’est moins cher pour l’entreprise», relève le président du syndicat.

C’est dans cet esprit que Laurent Bru, salarié de Thales, a décidé de proposer à son comité d’entreprise de lancer une section apicole. «Etre apiculteur seul dans son coin, ce n’est pas une bonne chose. Je sentais qu’à Thalés il y avait une demande potentielle», explique-t-il. Un an plus tard, 35 de ses collègues ont été formés lors de cours entre midi et deux. Et la plupart se donnent désormais rendez-vous à la pause déjeuner sur le parking de la société où sont installées les cinq ruches de la section et celles de certains salariés qui n’ont pas la place chez eux.

«Nous avons une bibliothèque, du matériel de prêt. Cela a créé un esprit de communauté, une certaine effervescence. Mais les autres salariés viennent aussi se renseigner et près de vingt sont déjà inscrits pour la prochaine session de formation», se félicite Laurent Bru. Ce dernier propose même aux Toulousains qui ont un peu de terrain d’accueillir une ou deux ruches*… A bon entendeur!

*brulaurent@free.fr