Toulouse: Après la découverte d'un charnier du Moyen-Âge, la Peste noire suspect n°1

ARCHEOLOGIE Lors de fouilles dans le quartier Saint-Michel, des archéologues ont découvert d’immenses fosses communes du 14e siècle, certainement des victimes de la Peste noire de 1.348…

Beatrice Colin

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Plus de 150 squelettes datant du XIVe siècle, et certainement morts de la peste noire, ont été découverts dans des fosses lors de fouilles archéologiques, à Toulouse, à l'été 2014.
Plus de 150 squelettes datant du XIVe siècle, et certainement morts de la peste noire, ont été découverts dans des fosses lors de fouilles archéologiques, à Toulouse, à l'été 2014. — Didier Taillefer/Archeodunum

A chaque fois qu’un archéologue pioche dans le secteur de Saint-Michel à Toulouse, il tombe sur un os. Et cela n’a pas failli sur le chantier du 16, rue des 36-Ponts, commencé en mai dernier et qui doit s’achever le 19 septembre. Une découverte plus que logique puisque c’est dans ce faubourg que les Toulousains enterraient leurs morts au Moyen-Age. Mais cette fois-ci, l’équipe d’Archeodunum, en charge des fouilles, est tombée sur ce qui pourrait s’apparenter à un charnier.

Premier charnier de cette ampleur pour la Peste noire

Les passionnés d’Histoire pourront arpenter ce samedi le chantier, qui se trouve en bordure de l’ancien cimetière de Saint-Michel, dans le carré des indigents. Sous leurs truelles et pinceaux, à près de 2m de profondeur, les archéologues ont découvert une zone où sont regroupés des enfants et des femmes enceintes, mortes en couche.

Mais le plus impressionnant, et le plus rare, sera de pouvoir observer une sépulture multiple, caractéristique des épidémies. «Nous avons dénombré plus de 150 morts entreposés dans deux grandes fosses de 10m de long sur 3m de large. Grâce à une datation par radiocarbone, nous estimons que ces ossements datent du 14e siècle et nous partons sur l’hypothèse qu’ils pourraient être morts de l’épidémie de peste de 1.348», explique Josselin Derbier, archéologue, chargé des projets de valorisation chez Archeodunum.

Une découverte majeure, puisque c’est la première fois à Toulouse, mais plus généralement en France, qu’une aussi grosse sépulture de victimes d’une épidémie est mise à jour.

Poursuites des études

La Peste noire a tué entre 30 et 50 % de la population européenne entre 1.347 et 1.352, faisant près de 25 millions de victimes. Et l’épidémie n’a pas épargné la Ville rose, atteinte en 1.348. «150 corps, cela représente l’équivalent de 10 % de la population de Saint-Michel à l’époque où vivaient des marchands et artisans et où se trouvaient des établissements religieux», poursuit Josselin Derbier.

Ces ossements vont maintenant être confiés à un laboratoire spécialisé de l’université de Bordeaux. Grâce à des techniques de biochimie, il devrait confirmer la présence du bacille de la peste bubonique et donner des informations sur la population touchée, son état de santé, etc... «Nous sommes proches de l’enquête judiciaire et la peste est un coupable potentiel», conclut l’archéologue.

Portes ouvertes

Les Toulousains pourront découvrir leurs ancêtres ce samedi, de 10 à 17h, lors d’une journée portes ouvertes organisée sur le chantier archéologique au 16, rue des 36-Ponts.