Toulouse : Une fresque antique créée dans les conditions de l'époque

INSOLITE Au musée Saint-Raymond de Toulouse, deux spécialistes se livrent à de l’archéologie expérimentale. Elles peignent une fresque en suivant à la lettre les techniques antiques, y compris pour les outils et les pigments…

Helene Menal

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Les restauratrices Aude Aussilloux et Maud Mulliez dans les réserves du Musée Saint-Raymond à Toulouse
Les restauratrices Aude Aussilloux et Maud Mulliez dans les réserves du Musée Saint-Raymond à Toulouse — MSR

Il ne leur manque que la toge. Sinon, leurs pinceaux en soie de porc sont fabriqués de façon artisanale, à la mode romaine. Et les pigments de terre ou de sarments de vigne carbonisés qu’elles utilisent sont garantis bio. Voilà sept mois déjà que Maud Mulliez et Aude Aussilloux, deux restauratrices, hantent les réserves et la bibliothèque du musée Saint-Raymond. L’établissement spécialisé dans les antiquités leur a lancé un défi relevant de l’archéologie expérimentale: orner deux pans de mur dans le plus pur style des fresques antiques, avec les outils mais aussi les techniques utilisées à l’époque.

Pour vérifier des hypothèses

Pour recréer l’ambiance d’une «domus» (maison) romaine où les fresques constituaient le must de la déco, leur premier réflexe a été de se documenter: Elles ont pioché dans les articles scientifiques, examiné certains fragments peints que possède le musée pour l’épaisseur des couches ou les pigments et compulsé le livre De Architectura de l’architecte romain Vitruve (Ier siècle avant JC). «Mais, il reste des lacunes sur les techniques», souligne Maud Mulliez, auteure d’une thèse sur la peinture romaine.

En maniant elle-même la chaux et le mortier, elle va «pouvoir vérifier certaines de [ses] hypothèses». Les deux fresquistes, qui ne désespèrent pas de se procurer des poils de sanglier pour augmenter la palette de leurs pinceaux, ont jeté leur dévolu sur «un style du Ier siècle après JC», avec des motifs de leur composition mais qu’on aurait très bien pu admirer dans le sud de la Gaule à l’époque. La frise inférieure verra défiler des échassiers.

Une grande exposition en novembre

Leur seule concession à la modernité est d’utiliser un support en nid d’abeille car l’œuvre doit être transportable puisqu’elle servira d’ouverture à une grande exposition inédite sur les fresques antiques qui débutera en novembre dans la Ville rose. Du coup, Aude et Maud se retrouvent avec un support en résine lisse et étanche quand un mur est par définition accidenté et poreux. Qu’à cela ne tienne. Elles sont en train de badigeonner une sous-couche à base de gravier concassé et de sable. L’autre détail pas très antique, c’est cette caméra discrète qui suit les deux spécialistes pas à pas. La version courte du documentaire sera diffusée dans l’exposition, sa version longue sur le site internet du musée Saint-Raymond.