Toulouse: Imbroglio autour du corps de la randonneuse retrouvée mardi dans les Pyrénées

FAITS DIVERS Un bras de fer s’est noué entre le CHU de Toulouse et la famille. Vendredi, les proches ont fini par emporter la dépouille sans autorisation de l’hôpital…

Hélène Ménal

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Le CHU de Rangueil, à Toulouse
Le CHU de Rangueil, à Toulouse — Frédéric Scheiber/20MINUTES

Sarah avait 27 ans et était originaire du Val-d’Oise. Mardi 19 août, son corps sans vie a été retrouvé dans les Pyrénées ariégeoises, près du lac de Bethmale. Son compagnon a été découvert à seulement 70 mètres d’elle, en surplomb, en état d’hypothermie, grièvement blessé et très confus. Le couple était parti en randonnée la veille. Il a enchaîné les coups du sort dans une zone où le téléphone ne passe pas.

Selon les proches de Sarah, l’enquête des gendarmes a montré que les promeneurs ont été surpris par un orage. Sarah a glissé la première, se blessant au genou. En partant chercher les secours, son ami est tombé à son tour. A deux reprises. Et c’est en tentant de le rejoindre malgré la douleur que la jeune fille à fait une autre chute de 10 mètres, fatale cette fois.

Litige sur la réglementation

Pour la famille effondrée de Sarah, le cauchemar ne s’est pas arrêté là. Le CHU de Rangueil, à Toulouse, où reposait le corps et où une autopsie a été pratiquée mercredi, l’a informée que le corps ne pouvait pas être transporté vers la région parisienne sans être mis en bière. «Il y a deux raisons légales à cela, explique le porte-parole du CHU. La mise en bière et obligatoire pour le transport quand le décès remonte à plus de 48 heures mais également lorsqu’il y a eu une autopsie. La mise en bière a aussi été prescrite pour une raison humaine, pour protéger l’intégrité du corps et préserver la famille.»

Des dispositions inconcevables pour les proches qui souhaitent organiser une cérémonie permettant à toute la famille de se recueillir sur la dépouille et non sur cercueil scellé. Le permis d’inhumer a été délivré jeudi matin. Pour Michel Abraham, le père de Sarah, c’est de ce moment-là que doit partir le délai de 48 heures. Le bras de fer n’a cessé de s’envenimer entre les équipes du CHU et la famille Abraham. Au point que cette dernière a emporté le corps sans autorisation vendredi en fin de matinée.

Le père veut porter plaine

«J’assume. Ma fille était une battante et je lui dois bien ça», assure Michel Abraham qui est aussi maire de la petite commune de Théméricourt dans le Val-d’Oise. Il assure que Sarah a fait son dernier voyage dans «des conditions tout à fait convenables» car il a fait appel à des professionnels. Il trouve aussi un petit soulagement à pouvoir enfin se «consacrer à la cérémonie». Mais la colère n’est pas retombée.

Le père endeuillé va saisir son avocat et «porter plainte» contre l’établissement. «Je le fais aussi pour toutes les familles qui viendront après nous et auront à vivre la même chose», dit-il. Le CHU, qui a immédiatement prévenu les autorités du départ du corps, cherche l’apaisement. «La réglementation est la réglementation mais elle peut devenir inaudible quand on est plongé dans un chagrin extrême. Nous avons tout fait pour accompagner cette famille. Nous lui avons même expliqué qu’elle pouvait saisir un procureur une fois à destination pour faire briser les scellés», précise son porte-parole. «Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué et perdre encore plusieurs jours…» se désole Michel Abraham.