Guérisseurs de platanes

ENVIRONNEMENT Des étudiants s’attaquent au chancre qui dévaste le Canal du midi...

Hélène Menal

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Toulouse, le 7 juillet 2014-Des étudiants veulent guérir les platanes
Toulouse, le 7 juillet 2014-Des étudiants veulent guérir les platanes — Hélène Ménal / 20 Minutes

Pour l’heure, seul l’abattage préventif à grande échelle semble efficace pour stopper la progression du chancre coloré, ce champignon qui s’attaque aux platanes du Canal du Midi. Les trouées se multiplient sur les berges, défigurant le paysage en attendant la mise au point d’un hypothétique vaccin. Mais ce mitage n’est pas inéluctable. Du moins pas si les onze étudiants qui hantent en blouses blanches les labos désertés du campus de l’Insa, à Toulouse, parviennent à leurs fins: synthétiser durant l’été une bactérie tueuse de chancre.

Ces sept filles et quatre garçons sont notamment spécialisés en biochimie, en informatique ou en microbiologie. Ils sont soit élèves-ingénieurs à l’Insa, soit étudiants à l’Université Paul-Sabatier.

Trithérapie naturelle

Et s’ils se retrouvent penchés ensemble sur leurs cultures de bactéries, c’est qu’ils représenteront la Ville rose  à Boston en novembre lors de l’iGEM, un prestigieux concours international de cerveaux.

«L’objectif est de synthétiser des organismes innovants répondant à une problématique sociétale», explique Mathieu. La joyeuse équipe a passé des mois  à chercher son sujet, sans se douter que la réponse était plantée juste derrière ses fenêtres. «Quand ils nous ont parlé des platanes du Canal, on a ouvert de grands yeux, raconte Brice Enjalbert, l’un des professeurs qui chapeaute l’équipe à l’Insa. Alors, on leur a posé un tas de questions et on s’est aperçu qu’ils avaient songé à tout.»

Baptisée «Subtitree», la bactérie inoculée aux arbres malades ciblerait exclusivement le chancre coloré. Elle serait «équipée» de trois fongicides déjà présents dans des végétaux comme l’orchidée ou la cacahuète. «C’est une forme de trithérapie qui permettrait de guérir certains arbres déjà malades et surtout d’éviter d’abattre préventivement leurs voisins», explique Pierre.

Les étudiants ont même pensé à rendre leur bactérie saisonnière pour éviter tout risque sanitaire. Brice Enjalbert est persuadé que l’équipe sera capable de faire «la preuve de son concept» d’ici son départ pour Boston. La semaine dernière, le projet a été applaudi par un parterre de spécialistes en biologie moléculaire réunis à Toulouse. La sève monte dans le milieu.